Tard dans la soirée, je peaufinais mon texte « J02 » allongé sur mon lit (c’est d’ailleurs le propre du randonneur, dès lors qu’il ne marche pas ou qu’il ne mange pas, il est étendu sur son lit). Luttant contre la fatigue pour poursuivre coûte que coûte ma mission éditoriale, je me passais machinalement la main sur la nuque. Et là, je sentis un petit truc dans mes cheveux. Oh, mais ça tient bien ! Je force un peu, je sens la peau se tendre à mesure que je tire sur ce corps étranger et finalement ça cède. Je regarde ma prise entre mon pouce et mon index et réalise que j’ai décroché le tique-est-gagnant ! Mince (version polie). Pas de panique ! Est-ce que la tête est là ou est restée plantée ? C’est petit, j’ai du mal à voir. Vite, mon Victorinox multifonctions, il a une loupe tournevis ! Non, ça, c’est la scie… ça, c’est les ciseaux… là c’est le cruciforme… ça y est, je l’ai ! Allez, inspection. Je fais la revue mentalement : « Hum, l’idiosome, la partie du corps qui contient les organes internes et les pattes, présente une faible turgescence et un aspect encore plat traduisant un stade précoce de repas sanguin et indiquant une fixation récente sur l’hôte. Bien, bien…Et qu’en est-il du capitulum (partie antérieure du corps de la tique, qui porte les pièces buccales). Oh, excellent ! Le capitulum est bien présent et on voit nettement l’hypostome (structure centrale en forme de harpon, qui s’ancre dans la peau et permet de sucer le sang) ainsi que les chélicères (petites pinces latérales qui coupent la peau). On distingue même ses pédipalpes (appendices sensoriels latéraux, qui aident à maintenir la fixation). Génial ! » m’exclamai-je ! Non, je plaisante . C’était plutôt « Haha, tu fais moins la maline maintenant. Et puis t’es toute maigre, je t’ai chopée avant que tu mettes le couvert, on dirait ! Et ta tête ? Ah ben je la vois, ta tête et ta grosse trompe de vampire des quatre pattes ! Et pour ce qui est de me filer la maladie de Lyme, j’aime autant te dire que c’est râpé ! ». Et c’est sur ce bon mot (Lyme / râpé, haha) que je m’endormis.
Le lendemain, J03 donc, la première étape significative nous attendait. 775, 904 ou 1042 m, il y a toujours débat et le mystère n’est pas encore résolu, mais 24,5 km c’est sûr. Comme la vallée du Danube est assez encaissée, je pense qu’on a aujourd’hui bien capté ce que va être notre quotidien, quitter le Danube par une montée raide dans les bois sur des chemins humides et moussus, parcourir le plateau à travers champs et villages avant de rattaquer une descente raide dans les bois sur des chemins humides et moussus pour regagner la rive du Danube, le tout entrecoupé d’instants Donaublick . Aujourd’hui, nous avons à répéter ce motif deux fois. Ce qui veut dire qu’après le premier motif, on se retrouve sur la petite route qui longe le Danube et va tout droit et sans effort à notre Gästehaus du soir. C’est une forme de tentation, et nous y avons été confrontés après les 15 premiers kilomètres difficiles et éprouvants (sentier raide et glissant, arbre en travers du chemin,…). Mais nous avons décidé de continuer, d’autant que la pluie arrivait et qu’on est toujours plus à l’abri en forêt que sur la route. Le second motif était moins difficile. Les ondées ont alterné avec le soleil. Sept heures et demie plus tard nous arrivions à la centenaire Gastehaus Draxler, comme hier poursuivis par de gros nuages gris qui ont eu la gentillesse d’attendre que nous arrivions pour lâcher une pluie qui n’arrêtera pas avant la nuit.
Nous avons commencé notre quête de la Blutwurz dans la mais nous avons fait chou blanc. Pour faire bonne figure, nous avons quand même pris une Haselnusslikör (noisette) pour Mireille et une Granatapfel (grenade) pour moi. Prost !
🥾25,2 km ↗️+765 ↘️-840 m 🌦️ 19‑23 °C







