Nous étions tranquillement en train de nous préparer quand on frappe à la porte. Ça cause aussi autrichien. Je vais ouvrir. Dans la famille Draxler, c’est la grand-mère, armée de son balai, qui nous fait comprendre dans un mélange d’autrichien et d’anglais que « Check-in is 10 hour, nicht später! You must leave, rausgehen ». Je lui réponds en anglais qu’on est almost ready et que we are leaving. Avec un dernier mauvais regard, elle tourne les talons. Je regarde l’heure à ma montre. Je vois que j’ai mis mon œuf à la coque à cuire il y a 1:22:33, 34, 35… voilà qui ne m’aide pas beaucoup. Bon, comment revient-on déjà à l’affichage de l’heure. Ah, voilà ! Et il est… 10:03 ! En effet, on est en retard grave ! Grosse Infraktion ! A 10:12, on est à l’accueil (quand je disais qu’on était presque prêts) et elle nous encaisse tout sourire et nous accompagne à la porte et nous souhaite chaleureusement bonne journée et bon voyage, et peut-être bon débarras aussi.
Aujourd’hui, nous avons au programme un des plus célèbres méandres du Danube, le Schlögener Schlinge (la boucle de Schlögen) où le fleuve décrit un grand virage en S presque complet autour d’une langue de terre boisée et rocheuse. L’origine de ces méandres est bien connue des scientifiques : il y a bien longtemps, le jeune et impétueux Danube qui traçait sa route de fleuve voulut ici forcer la montagne pour rejoindre plus vite la mer Noire. Mais le diable, jaloux de ce fleuve trop hardi, dressa ici un rempart de granit et de forêts maudites. Brisé dans son élan, le Danube se tordit de rage, traçant ainsi une boucle sombre au cœur des roches (ces recherches scientifiques ont été financées par le Trump Institute for True Science).
Le parcours du jour est simple. On monte tout droit dans la forêt pour atteindre le plateau et redescendre vers la langue de terre boisée et rocheuse précédemment citée. Ensuite, tranquille Emile, on longe la rive du Danube jusqu’à Obermühl. Enfin, ça, c’est ce que je pensais naïvement. Car le diable a bien fait son travail et le chemin le long du Danube n’est pas une sympathique piste cyclable mais un chemin d’enfer, étroit, escarpé, glissant, humide, encombré d’arbres tombés, entravé d’éperons rocheux à surmonter (heureusement cordes et escaliers métalliques sont installés) et avec les eaux vertes et froides du Danube comme perspective en cas de faux pas, le tout bercé par un ciel capricieux, oscillant entre averses et timides rayons de soleil. Ce purgatoire durera deux bonnes heures, mais à son issue nous aurons droit au paradis : le ciel bleu est revenu, avec lui la chaleur, et une bonne route nous mène jusqu’à notre Gasthof du soir, paisiblement planté à la confluence du Danube et du Kleiner Mühl.
Tiens ! Aujourd’hui, c’est Mireille qui a décroché le tique-est-gagnant. Une minuscule tique a vaincu la barrière de sa chaussure et de sa chaussette pour installer ses couverts sur le dessus de son pied. Le couteau suisse fournira la pince à épiler plate pour l’extraction et la loupe pour l’examen. Et grâce à mon billet d’hier, je peux vraiment conduire doctement mon inspection : « Hum, l’idiosome présente une faible turgescence et un aspect encore plat traduisant un stade précoce de repas sanguin et indiquant une fixation récente sur l’hôte. Bien, bien… Et qu’en est-il du capitulum ? Excellent ! Le capitulum est bien présent et on voit nettement l’hypostome ainsi que les chélicères. C’est bon Mireille, j’ai tout enlevé ! ».
🥾19,5 km ↗️+470 ↘️-470 m 🌦️ 16‑24 °C











