Une fois n’est pas coutume, je vais vous emmener dans les affres du randonneur qui prépare son voyage.
L’an dernier, on avait fait Cobourg – Passau que vous aviez pu suivre sur notre tout nouveau site web : lesmirben.top. En termes d’itinéraire, on avait suivi un tronçon du sentier européen de grande randonnée, poétiquement appelé E6, qui relie la Finlande à la Grèce en passant par la Bavière. Peu avant qu’il franchisse la frontière autrichienne, nous l’avions quitté pour rejoindre Passau. Pourquoi Passau ? Pour deux raisons. Primo, il y a une gare qui nous permettait de rejoindre Munich. Secundo : Cobourg – Passau, les gens peuvent se faire une vague idée, au moins le nom leur dit quelque chose, alors que si on faisait Bad Staffelstein – Sankt Wolfgang im Salzkammergut, je pense que ce serait un poil moins parlant.
Et cette année, on fait quoi ? Comme le parcours de l’an dernier nous avait bien plu, il y aurait du sens à continuer. Le sentier E6 traverse l’Autriche jusqu’en Slovénie, voilà qui pourrait être l’idée. Profitant des ponts du mois de mai, je télécharge le tracé GPX (la description du chemin comme une liste de points avec leurs coordonnées) et je commence à regarder sur mon logiciel de cartographie (www.gpxeditor.co.uk) comment découper les étapes en fonction des hébergements disponibles. Je me rends vite compte que c’est galère et possible uniquement si on est prêt à bivouaquer, car le sentier reste en altitude loin de tout village. Ce n’est pas une option pour nous. Du coup, il faut trouver autre chose. C’est là que je me dis : Passau, c’est sur le Danube, il y a plein de cyclistes qui font le Danube en vélo, il doit bien y avoir une version pour les marcheurs. Bingo, je trouve facilement le Donausteig avec son tracé GPX. En plus, il rejoint le E6 quand celui-ci bifurque vers le sud, vers la Slovénie. Bonne idée, faisons comme ça. Et je commence à faire les étapes. Je suis assez content car ça se goupille pas mal en termes d’hébergements. Une J01 de 11 km pour démarrer en sortant du train, une J02 de 13,5 pour se mettre en jambe et tester le matériel, une J03 de 24,5, c’est raisonnable, une J04 de 19,1 pour se remettre de la J03, et arrive la J05. Je ne trouve rien aux alentours de 20 km. Untermühl est à 9 km, c’est court, et pas non plus d’hébergement à St Martin (16 km), le gros village qu’on doit traverser. Après c’est le désert jusqu’à la ville de Aschach. Le premier hôtel en arrivant est à 26,9 km. C’est un peu long mais bon. Côté dénivelé, c’est 952 m mais les 13 derniers kilomètres sont en descente, et la J06 du lendemain fait 23 km et est plate. Je présente ces beaux arguments bien emballés à Mireille car je déroge à la règle 3 : si distance > 25 km alors D+ < 600 m (voir J00, les trois règles de Mireille). Comme c’est bien emballé, Mireille accepte de me donner la dérogation. Ce point réglé, je peux poursuivre la découpe des étapes suivantes. Découper, c’est bien, mais il faut aussi réserver.
Le 28 mai, je réserve à Obermühl (J04). Je réserve aussi celui d’Aschach (J05), ainsi qu’une table pour deux mais ils nous répondent que c’est Ruhetag (le cuisinier est en repos). Du coup, comme il était un peu cher et s’il faut ressortir pour trouver à manger à perpète, il y a moins d’intérêt. L’annulation est gratuite, on va réfléchir.
Le 29 mai, on réfléchit. Tant qu’à faire, traversons le pont et allons dans le centre, ça rajoute deux kilomètres mais c’est plat. On hésite entre deux hôtels juste après le pont : la pension-pizzeria La Mamma et Schloss Aschach (un vrai château), on choisit la vie de château. Et c’est ainsi que la J05 est passée de 26,9 à 29,3 km et toujours 962 m de dénivelé. C’est beaucoup, mais la J05 a été vite oubliée car il y avait encore 22 étapes à construire.
Le 14 juillet, J00, jour du départ, il y a le fameux épisode des « Dénivelés qui sont pas bons » et notre étape J05 est réévaluée à toujours 29,3 km mais maintenant 1292 m de dénivelé positif, et autant de négatif, c’est vraiment trop, surtout le cinquième jour. Il va falloir trouver une alternative plus raisonnable !
J-3 (15 juillet) : je regarde ce qu’on peut faire. Le motif de la J05 est assez simple : on part du Danube pour monter sur le plateau et redescendre au Danube : environ 10 km et 500 m de dénivelé puis on remonte sur le plateau et on redescend sur le Danube : environ 20 km et 800 m de dénivelé. Une option est de faire l’une des deux sections et de remplacer l’autre par la route le long du Danube. D’accord ? D’accord ! On fait montée – route ou route – montée ? Montée – route, il vaut mieux monter le matin. D’accord ? D’accord ! Et nous passâmes à autre chose.
J-2 (16 juillet) : je regarde plus précisément. On fait donc Ubermühl – Untermühl par le plateau et Google Maps me dit que Untermühl – Aschach ça fait 10 km et 110 m dénivelé. Ce qui nous donne un total de 20,3 km et 660 m de dénivelé. C’est plus raisonnable. Mireille acquiesce.
J-1 (17 juillet) : je regarde encore plus précisément. En fait, depuis Untermühl, il y a d’abord un chemin appelé Felsensteig puis la route. En regardant sur le Net, on trouve que le Felsensteig est un chemin d’initiation à la via Ferrata avec des passages équipés. Bof, on a déjà donné dans le Schlögener Schlinge, c’est pas forcément une bonne idée. Mais Google Maps donne un chemin plus haut qui permet de rejoindre la route. C’est bon ! Mais c’est bizarre, on voit pas la route de Google Maps sur le fond de carte OpenTopoMap qui est vachement précis pourtant. Hum. J’aime pas trop ça. Il y a bien un chemin possible mais on ne peut pas savoir ce qu’il vaut. Par contre, il est super raide, ça c’est sûr. Bref, je ne sais pas ce qu’on va faire. Prendre le chemin de Google Maps qui n’existe pas pour finir sur le chemin raide que personne ne prend jamais ou galérer avec notre gros sac à dos sur le Felsensteig en regrettant de ne pas avoir essayé le beau chemin de Google Maps (mais qui n’existe pas). Allez, la nuit portera conseil.
Jour J (18 juillet) : Eh bien non, la nuit ne porte pas conseil. Mais elle a apporté le beau temps, c’est déjà ça. On se met en route vers… nous ne savons pas encore mais, en attendant, ça monte fort et tout droit dans la forêt jusqu’au sommet où, dit-on les Vikings avaient établi leur camp jadis. Nous passons dans un village dont la supérette Spaar ne nous fournira ni aiguille à coudre (mon short se découd au mauvais endroit) ni dattes (notre douceur pour les rudes journées pluvieuses qui se profilent) puis nous prenons le chemin de la descente. L’heure du choix approche. Arrivés à Ubermühl, nous faisons une petite pause en contemplant les bateaux qui vont et viennent sur le Danube et en dégustant la pomme offerte à l’hôtel. Certainement une pomme de la même variété que celle de Newton car je me dis soudain : « Et si nous prenions le bac pour aller en face et suivre la piste cyclable jusqu’à Aschach ! ». Sur Google Maps on voit bien la liaison en pointillé entre ici et en face. Voilà une idée qu’elle est bonne. Mireille acquiesce, pour la deuxième fois dans ce billet. Nous trouvons le ponton. Quatre vieux cyclistes attendent à l’ombre, c’est bon signe. On ne voit pas le bac. Je vais voir les horaires. Pas d’horaires. Mais il y a une grosse boîte avec un bouton orange et un bouton vert. Le bouton orange pour appeler le bac et le bouton vert à maintenir appuyé pour parler au capitaine. Je m’apprête à tenter la manip quand trois Autrichiennes arrivent. Je leur laisse la préséance de l’appel. Le passeur répond qu’il arrive. On voit en effet le bac arriver, pas d’en face mais de l’aval, à une centaine de mètres. En attendant, je regarde le panneau d’information qui indique un trajet en triangle entre ici et en face (Kaiserhof) mais aussi entre ici et Bremsberg en aval sur notre rive. Le bac est maintenant à 50 mètres. Mais ça a l’air bien ça ! Et les cyclistes vont où ? Bremsberg aussi. Le bac est à 10 mètres. Là, je réalise qu’il est logique que le bac aille au début de la route que nous voulions prendre au bout du Felsensteig, sinon cette route ne servirait à quasi personne, et surtout pas aux cyclistes ! Le bac accoste. Les trois Autrichiennes veulent aller de l’autre côté. Ce n’est pas possible car les cyclistes ont appelé les premiers pour Bremsberg. Et nous ? Ben : « Zwei Tickets für Bremsberg ! ».
Et 10 minutes plus tard, nous débarquons en douceur 1,2 km plus loin, là où la route s’arrête et pour nous commence le chemin. Deux heures plus tard, nous arrivons tranquillement à Aschach. Le prix de la tranquillité ? Deux fois 6 euros, pour faire deux heureux.
🥾19,3 km 🛶1,2 km ↗️+420 ↘️-430 m 🌤️ 16‑24 °C








