Si vous avez eu la force, le courage, l’abnégation, la patience et la persévérance de lire le long billet d’hier, vous savez que nous avons dormi au château. Le château, rien à dire : style Renaissance et baroque, posé au milieu d’un vaste parc ceint d’arbres centenaires, belle cour intérieure et grandes chambres avec cinq mètres sous plafond auxquelles on accède par des galeries voûtées ornées d’armures. Bref, tout y est. Et c’est ce qu’on voit sur les photos de Booking. Ce qu’on ne voit pas, c’est que ce malheureux château s’est fait littéralement phagocyter par une zone industrielle dédiée à la transformation des produits agricoles, avec d’immenses barres de silos en béton ou en métal, des tuyaux serpentant en tout sens, des cheminées fumantes, de vastes parkings où des semi-remorques attendent leur tour. La porte du château franchie, nous nous sentons tout petits et comme incongrus, à pied avec notre sac à dos, dans cet environnement aux allures dystopiques.

Après le granit des jours précédents, le Danube parcourt maintenant une vaste plaine alluviale consacrée à la culture maraîchère, avec de vastes champs de poireaux, d’oignons, de choux, de carottes… où s’affairent des cohortes d’ouvriers saisonniers, souvent originaires des anciens pays du bloc de l’Est. Quand ils ont fini de désherber, d’éclaircir, de biner, de butter, de pailler ou de palisser, ils sont entassés dans des minibus sombres qui les emmènent vers le champ suivant. Nous en croisons un. De longs visages nous regardent avec curiosité, ils nous font un signe amical de la main et disparaissent déjà.

Notre parcours alterne les chemins blancs écrasés de chaleur, l’autoroute à cyclistes qui s’étire le long du Danube et où l’on ne se sent pas forcément bienvenus (nous n’aurons droit qu’à un seul Hallo enthousiaste et il était celui d’une jeune touriste d’origine asiatique sur son vélo de location) et les chemins noirs le long de petites rivières qui prennent leur temps avant de rejoindre le fleuve. Et là, c’est vraiment le paradis : les arbres et la végétation apportent ombre et fraîcheur, et les oiseaux nous offrent un concert dont nous n’avons plus l’habitude. Jusqu’à présent sur notre parcours, on  entendait un chant de temps en temps, mais ici, c’est un concert permanent. Il faut dire que, comme l’indiquent les panneaux, on est dans « Ein Teil des europäischen Schutzgebietsnetzes Natura 2000 » (une partie du réseau européen de zones protégées Natura 2000).

Notre chemin sur la rive droite du Danube se termine à Wilhering, où nous prenons le bac (on y prend goût) pour rejoindre sur l’autre rive Ottensheim où nous faisons étape. Le bac vaut le détour — si on peut dire d’un bac dont le but est précisément d’éviter le détour ! C’est un bac à câble, on ne peut plus écolo : il utilise la force du courant pour traverser. Un haut câble est tendu au-dessus du Danube, et en son milieu, le bac y est relié par un autre câble. Pour traverser, le capitaine a juste à orienter le bac avec un angle par rapport au courant pour être poussé sans effort.

Nous accostons en douceur à Ottensheim, quittons le quai pour gagner le centre et là — le choc ! Eh oui, on est samedi, et manifestement, en Autriche comme en Allemagne, tout est fermé le samedi après-midi. La Marktplatz où se trouve notre Gästehaus, la grande place animée du bourg que j’avais vendue à Mireille, est un vaste désert : toutes les terrasses sont fermées ! Toutes ? Non, car un irréductible italo-turc dresse fièrement ses parasols tout au bout de la place ! Sauvés !

🥾23,9 km  🛶0,2 km ↗️+60 ↘️-65 m ☀️21‑28 °C

(Nous aussi nous) rangs d’oignons
Le Danube, c’est chou !
Regardez intensément cette image pendant 30 secondes
puis fermez les yeux et pensez à un nombre entre 29 et 31
Oh pinaise !
Bac à l’eau (comme on dit au Portugal)
Sur le banc sur le bac