Je ne sais pas si vous avez été confronté à ça, mais les noms des villes sur des cartes numériques comme Google Maps sont souvent difficiles à voir. À grande échelle, on n’a que les très grandes villes, quand on réduit un peu l’échelle, on a les petites villes et quand on réduit encore l’échelle, on n’a plus rien. Faites l’expérience. Mon astuce consiste à cliquer sur un commerce pour voir sa fiche s’ouvrir et avoir son adresse, donc le lieu. Je dois faire ça tout le temps en préparant mon parcours. En même temps, les noms des étapes ne servent pas à grand-chose à l’étranger. À part Passau et Linz, je pense que tous les autres noms de ces charmantes villes et villages autrichiens, vous ne les lisez pas vraiment, car elles ne vous évoquent rien. À moi non plus ça n’évoque rien. Du coup, sur le chemin,  si quelqu’un me demande où on va aujourd’hui, je ne sais généralement pas répondre. Je ne me rappelle jamais ; ça n’imprime pas, il faut que je sorte mon antisèche. C’est quand même gênant, ne pas être capable de dire où on va quand on va quelque part… Mais en fait, nous, randonneurs, nous n’allons pas vraiment dans une ville ou un village, nous allons dans une auberge ou un gîte. Ma vraie étape J09, si je n’avais aucun lecteur, ce serait : « J09 | Gasthof Weissenwolff – Gasthof Maly », et c’est d’ailleurs celle que j’ai en tête pendant le voyage. Mireille est peut-être un peu plus attachée au nom de notre ville étape car le Donausteig est plus que balisé, il est panneauté. À chaque intersection, un panneau jaune en forme de flèche nous indique la direction et le nombre de kilomètres nous séparant des prochains villages et de la prochaine étape. « On va où aujourd’hui ? » est la première question de Mireille quand, au matin, nous rencontrons notre premier panneau jaune. Moi, je suis notre trajet sur mon application et notre étape a toujours le même  nom : gros point rouge avec un petit drapeau dedans.

Mais revenons sur le chemin du jour. Format classique : on longe le Danube, puis on part dans l’arrière-pays à l’ascension de quelques collines à travers champs et bois, puis nous descendons dormir au bord du Danube. Du sommet de notre dernière colline, nous voyons notre chemin de traverse qui rejoint une ferme, une petite route avec un beau lacet qu’un vieux tracteur rouge remonte, un ruisseau qui court et, au-delà, sur une proéminence, des bâtiments que j’imagine être des bâtiments agricoles, peut-être un élevage industriel. Nous entamons la descente et arrivons à la ferme en même temps que le tracteur. En descend un vieux couple d’agriculteurs. Sans doute étonnés par le vieux couple de randonneurs qu’ils ont en face d’eux, ils engagent la conversation. « Donausteig ? », et ils nous posent des questions : d’où on est partis, où on va, marquant l’étonnement quand je leur réponds Bratislava, imaginant qu’il faut trois mois pour aller là-bas. Non, seulement un mois. Et il nous demande enfin si le chemin passe au Konzentration Kamp en regardant la proéminence en face. Et là, je réalise enfin que le Mauthausen où nous allons dormir ce soir est bien celui du camp de concentration. J’avais bien trouvé à la lecture une certaine similitude mais, déjà, je l’aurais écrit Mathausen, sans le « u », parce que c’est plutôt comme ça qu’on prononce en France, et je ne l’aurais pas situé en Autriche. Où ? Je ne sais pas vraiment, quelque part plus à l’est, en Pologne ou en Tchécoslovaquie… C’est ça, quand on manque de culture historique et qu’on voyage sans guide. Bon, louper la Linzer Torte, passe encore, mais Mauthausen ! J’explique comme je peux tout ça à mon interlocuteur qui, fataliste, résume la situation d’un « Wir haben ein sehr unangenehmen Nachbarn ! », ce qui peut se traduire par « Nous avons un voisin bien embarrassant ! » qui marque la fin de notre échange. Ils nous souhaitent un « Gute Reise » sincère et nous reprenons notre route. Le chemin passera bien au large du camp.

Recherche faite, ce camp est en Autriche car il a été créé avant la guerre pour accueillir des criminels de droit commun, des prostituées et d’autres catégories de « criminels incorrigibles », puis il a été converti en camp de travail (en fait, d’extermination par le travail) pour les prisonniers politiques. Le lieu avait été choisi pour sa proximité avec une immense carrière de granite dont les prisonniers formaient la main-d’œuvre.

Promis, demain je bosse la fiche Wikipedia de notre prochaine étape.

🥾20,8 km  ↗️+240 m ↘️-245 m 🌦️ 20-25 °C

C’est parti (culièrement douloureux, une barrière dans l’œil)
Robert-le-diable (si, si, c’est son nom)
Rose rose
Le ciel est grille
Ein unangenehmen Nachbarn
Poules