Nous revoilà bien dans le Danube sauvage et nature qu’on adore pour une randonnée en trois bosses de hauteur croissante. Pour ne rien gâcher, il fait beau et la pluie n’est annoncée que pour tard en soirée : nous n’aurons pas la pression de la dépression !
Nous sortons de Grein et nous élevons dans la forêt pour redescendre au bord du Danube, là où le Giessenbach se jette dans le fleuve après avoir fait tourner la roue à aubes d’un vieux moulin. Nous allons remonter ce torrent dans la Stillensteinklamm, que l’on peut traduire par « la gorge de la pierre silencieuse », gorge formée d’impressionnants blocs de granit recouverts de mousse et de vieux arbres, donnant une ambiance de fraîcheur, de sérénité et de mystère. Le nom de la gorge vient d’un phénomène étonnant : à un endroit, le torrent disparaît littéralement sous terre sur une centaine de mètres avant de rejaillir plus loin, comme s’il « se taisait ». Ses eaux claires et fraîches abritent même, paraît-il, une espèce rare et menacée : la moule perlière d’eau douce (Margaritifera margaritifera).
Après avoir traversé une petite grotte qui marquera la fin de notre ascension, nous prenons un long sentier en balcon, puis descendons vers Saint Nikola, dominé par l’église du même nom, patron des marins, qui avaient bien besoin d’un saint auquel se vouer sur ce Danube autrefois plein de tourbillons, de remous et d’écueils.
De là, il nous reste la plus haute bosse, gravie sans fioritures par une route forestière ne s’embarrasse pas de lacets. La descente, elle, se fait plus sauvage : sentier à peine tracé sous les feuilles mortes, caché dans les pâturages, encombré de ronces et d’orties le long des ravins… avant de rejoindre l’ancienne voie ferrée dominée par la silhouette du Mautturm du XVe siècle, érigé pour lever le péage et qui venait encore ajouter à l’accablement des marins déjà bien éprouvés — et contre lequel même saint Nikola ne pouvait pas grand-chose. Enfin, au détour d’une trouée, apparaissent les rouges parasols de l’unique auberge de Sarmingstein, conclusion d’une courte et rude étape, mais infiniment plaisante.
La pluie s’invitera à notre dîner, mais l’auberge a une terrasse abritée qui nous permettra de déguster notre énorme truite grillée au sec, au son des échos joyeux de la Stammtisch, la table des habitués, tout en profitant du spectacle des bateaux de croisière chargés de bourgeois retraités qui, dans une brume légère, croisent sur le Danube les lourdes péniches chargées de matériaux bruts à transformer par les masses laborieuses.
🥾17,8 km ↗️+685 m ↘️-695 m 🌦️ 22-25 °C













