Ce qui est bien quand il pleut dès le matin, c’est que ça enlève toute pression pour arriver avant la pluie. Ce qui est moins bien, c’est que ça pousse à partir équipé de sa veste de pluie. Grave erreur, car en été, avec une température certes fraîche à cause des nuages et de la pluie, mais quand même supérieure à 18 °C, faire un effort avec une veste de pluie devient vite un enfer, un vrai petit sauna ambulant, mouillé de sueur à l’intérieur, de pluie à l’extérieur et en surchauffe ! Quel bonheur, reconnaissant son erreur, d’enlever enfin la veste, de mettre fin à l’inconfort et, certes, d’être mouillé, mais par de la bonne pluie fraîche et compatible avec l’effort. La pluie cessera vers midi et, pour mémoire, les MirBen, loin des clichés sur les randonneurs partant à l’aube, partent souvent après les cloches de dix heures, ce qui nous donnera le temps de sécher.
Manifestement, nous avons quitté la juridiction du Donausteig pour ce qui est du balisage. Fini ces panneaux à chaque intersection ou changement de direction avec le kilométrage précis nous séparant de l’étape et des villages intermédiaires. Nous sommes maintenant sur le Nibelungenweg, le chemin de Nibelungen, avec des panneaux toujours jaunes et en forme de flèche, mais plus rares, et juste marqués Nibelungenweg. Le kilométrage qu’affectionnait Mireille a presque partout disparu, à l’exception des panneaux dans les villages et encore, les distances ont été remplacées par les temps (bien incertains).
Nous avons aussi changé de région, quitté le Strudengau, le pays des tourbillons, pour le Nibelungengau, le pays des Nibelungen. Mais c’est quoi, ces Nibelungen dont on vous rebat les oreilles depuis deux paragraphes ? Vous voulez savoir ? Eh bien accrochez-vous à votre fauteuil, ça va chahuter ! Bon, les Nibelungen, ce sont des nains, mythiques gardiens d’un trésor fabuleux dont une fameuse épopée épique, la chanson des Nibelungen, raconte les changements de propriétaires. Je vais essayer de la faire courte.
Tout allait bien jusqu’à ce qu’un zig dénommé Siegfried devienne un héros invincible après s’être baigné dans le sang d’un dragon sauf que comme il a transpiré en tuant le dragon y a une petite feuille qui est restée collée dans son dos, du coup il est invincible mais pas à 100 %. Mais pour l’instant, on fait comme s’il était invincible, et comme il est aussi super balèze, il s’empare du trésor des Nibelungen et, dans la foulée, il épouse la belle Kriemhild, sœur du roi burgonde Gunther, qui en pince pour la farouche Brünhild. Pour aider son beauf à conquérir sa farouche, Siegfried use d’un tour de force un peu limite : grâce à sa cape magique qui le rend invisible et lui donne la force de douze hommes, il affronte Brünhild à la place de Gunther lors d’épreuves quasi surhumaines. Du coup, Brünhild croit que c’est Gunther qui l’a vaincue, et accepte de l’épouser. Mais la supercherie finit par éclater. Brünhild se sent humiliée d’avoir été trompée, la rancune s’installe, et Hagen, le fidèle vassal de Gunther, finit par tuer Siegfried d’un coup mortel pile là où la petite feuille s’était collée (évidemment cette petite faiblesse s’était sue). Rideau, entracte et changement de décor. Des années plus tard, Kriemhild, consumée par la haine, épouse le roi des Huns, Etzel (Attila chez nous). Elle invite ses frères et Hagen à sa cour et, du coup, les Burgondes traversent justement le Nibelungengau (c’est là qu’on est) sur le chemin du destin, sans se douter du piège. Arrivés chez Etzel, Kriemhild profite d’un grand banquet pour lancer sa vengeance : elle fait attaquer Hagen et les hommes. Hagen refuse de révéler où il a caché le trésor (eh oui, il l’avait récupéré en tuant Siegfried) et, pour mettre un peu d’ambiance, tue le fils que Kriemhild a eu avec Etzel. La violence explose (tu m’étonnes), le palais se transforme en champ de bataille et presque tous les Burgondes sont massacrés. Kriemhild parvient à décapiter Hagen de sa propre main, mais dans sa fureur sans limite, elle va trop loin : Hiltebrand, vieux maître d’armes des Huns et qui en a pourtant vu, l’abat pour mettre fin à ce bain de sang. Rideau.
Voilà. Et le trésor des Nibelungen ? Disparu, et c’est sans doute mieux comme ça. Ceci dit, il paraît que Hagen l’a caché au fond du Danube…
🥾22,0 km ↗️+695 m ↘️-695 m 🌧️ 18-21 °C







(au passage, notez que brouette est l’anagramme de brouttée)

