Ce matin, ciel bleu et grand soleil, l’hôtel Zur Sonne porte vraiment bien son nom !

Je ne voudrais pas encore vous bassiner avec les affres du randonneur, mais les entrées de grandes villes en font partie, car elles peuvent comprendre de longs tronçons de zones commerciales et industrielles ou des banlieues aux allures fatiguées, où le paysage oscille entre le banal et le déprimant. Après l’expérience hypnotique de l’infinie rectitude d’hier, cela pourrait constituer un nouveau choc aux conséquences imprévisibles, inquiétantes, obscures, et peut-être même irréversibles.

Mais c’était sans compter sur la capacité des Autrichiens à garder l’environnement proche du Danube indemne des activités humaines (hormis le cyclisme) et la capacité du Danube à se déployer en une multitude de formes telles que des bras, des affluents et des canaux secondaires.

Ainsi, depuis Korneuburg, nous avons suivi la rive gauche sur une étroite piste cyclable ombragée pour rejoindre la Donauinsel (île du Danube), une étroite et très longue île qui sépare le Danube en deux bras. C’est une île que l’impératrice Sissi n’a pas connue, non, non. C’est une île artificielle construite entre les années 1972 et 1988 pour servir de mesure de protection contre les inondations. Nous laissons aux cyclistes leur large piste sur l’arête de l’île et nous prenons le chemin qui longe le Neue Donau, le bras réservé aux loisirs : voiles, canoë, nage et… naturisme. Nous quittons l’île lorsque nous arrivons aux premiers faubourgs de Vienne. Après un labyrinthique passage fait de ponts, de passerelles, d’escaliers et d’échangeurs, nous rejoignons la rive droite du Donaukanal, un large canal qui traverse Vienne, que nous partageons bien sûr avec les cyclistes autochtones, pour lesquels d’ailleurs le terme de vélocotones serait plus approprié. La piste est très agréable, végétalisée à notre gauche et richement décorée de fresques murales sur notre droite. Tout cela nous emmène paisiblement au pied de la Rotenturmstraße, qui mène directement à la cathédrale (Stephansdom), moins d’un kilomètre plus haut, le point symbolique qui marque la fin de notre étape viennoise.

Nous montons les escaliers qui nous ramènent au niveau de la ville et là, c’est le choc ! Des touristes, des dizaines, des centaines, des milliers, des millions de touristes. Une nuée, une myriade, une multitude, une infinité de touristes ! On n’était plus habitués ! C’est trop ! Nous qui n’avons vu quasi personne sur notre chemin, guère plus que quelques dizaines de cyclistes à l’heure lorsque nous partagions leur piste, nous voici face à une marée humaine, un tsunami de touristes, tous bien proprets, avec leurs petits paquets de souvenirs à la main.

Nous, pauvres randonneurs aux vêtements usés par le soleil et le chemin, poussiéreux, aux sacs à dos disproportionnés, nous nous sentons incongrus, étrangers, déplacés, anachroniques, dépareillés, décalés, dissonants, presque indésirables, figures errantes au milieu du tourisme de masse, fruit de la mondialisation, adepte de la surconsommation et de l’autocélébration numérique. Fuyons ! Fuyons !

— Bah ! Une petite bière avant, quand même, non ?
— Ma foi ! Zwei große Bier, bitte !

🥾19,3 km  ↗️+65 m ↘️-55 m ☀️ 20-26 °C

C’est parti (culièrement capital)
En rouille libre
Passage du bac
Sphex funerarius à la taille de guêpe
Vienna’s skyline
Fadet commun (Coenonympha pamphilus)
Arbre au corps mourant
Seuls sur la Donauinsel
On douche au but
Merci l’accueil !
Aux échecs, si t’es pas brillant, t’es mat !
Pile au bon endroit
Chapeau assorti
Le p’tit oiseau va sortir !
Chérie, on est presque arrivés. Plus qu’à tourner à droite, monter les escaliers et… c’est le choc !