C’était encore une grosse étape prévue sur le papier (27,5 km), mais avec les genoux de Mireille et la grosse chaleur annoncée, il convenait de la réduire. L’étude de la carte indiquait que la route régionale B 211 sortant de Bruckneudorf coupait notre chemin au village de Rohrau et qu’il nous restait alors environ 18 km à faire à pied, comme hier, ce qui est raisonnable, n’est-ce pas Mireille ? (Grommellement enthousiaste). Reste à trouver comment atteindre Rohrau! Il y a bien le bus 275, mais l’horaire qui conviendrait n’est pas assuré hors période scolaire. Hum… Reste l’auto-stop. Si on ne veut pas poireauter trop longtemps, il nous faut trouver l’endroit idéal, où les gens qui vont à Rohrau passent, où ils ne passent pas trop vite et où ils peuvent s’arrêter. La vue satellite de Google Maps permet de trouver l’emplacement idéal en sortie de ville, après un giratoire, en face du Billa (c’est un peu comme les Spar) et avec un large espace goudronné propice à notre embarquement. Pour mettre toutes les chances de notre côté, il faut aussi informer clairement de notre destination, histoire d’activer la mauvaise conscience des automobilistes qui passeraient par Rohrau. On n’a ni marqueur ni carton, mais on a vu tous les épisodes de MacGyver. Le feutre noir pointe 0,7 mm des mots croisés, les mouchoirs en papier de la boîte de la salle de bain et le sparadrap de notre trousse de secours feront l’affaire, associés à une technique de tramage à la Dürer pour le remplissage des lettres. Et c’est parti pour un petit atelier d’activité manuelle. Je dois aussi ajouter que l’on est bien aidé par le nom bref de notre destination, Rohrau, car si ça avait été Schönfeldimwalde, notre boîte de mouchoirs n’aurait pas suffi.
Et c’est ainsi qu’à 10 h 39, en face du Billa, nous commençons à tendre le pouce. Pour être précis, Mireille tend le pouce et je maintiens déployé notre étendard destinoire en essayant d’éviter que le vent ne le rende illisible. Douze minutes plus tard, une petite voiture grise conduite par une jeune femme s’arrête. Rohrau ? Rohrau ! Nous fourrons nos gros sacs dans son petit coffre. Ça ferme tout juste. Et on est partis ! Entre son mauvais anglais et mon mauvais allemand, nous comprenons qu’elle a une rage de dents carabinée et que le seul dentiste disponible qu’elle ait trouvé en cette période estivale est à Rohrau et qu’elle s’y rend de ce pas. Nous sommes désolés pour elle, mais elle est philosophe et résume magnifiquement notre rencontre par « My pain, your luck ! », qu’on pourrait traduire par « Ma souffrance a été votre chance ». Notre bienfaitrice stoïcienne nous dépose au château de Rohrau et redémarre en trombe vers le soulagement dentaire qu’on lui souhaite de tout cœur.
Les dix-huit kilomètres qui nous restent commencent dans la fraîcheur le long de la Leitha, se poursuivent sans transition dans le cagnard des chemins blancs bordés d’éoliennes et se terminent enfin par les retrouvailles avec notre cher et paisible Danube que nous avions perdu de vue depuis deux jours, une éternité !
🥾18,5 km 👍🏽7 km ↗️+100 m ↘️-100 m ☀️ 24-31 °C











