La première journée d’une nouvelle randonnée revêt toujours un caractère un peu spécial. On retrouve des compagnons de randonnée de longue date ou ce sont de premières rencontres. De mon côté, à part mes vieilles chaussettes, j’ai troqué mon vieux sac à dos dont les UV avaient eu raison de la résistance des sangles pour un nouveau garanti 20 ans (l’espoir fait vivre), troqué mon short de randonnée contre le même mais sans les deux trous laissés par les crocs d’un chien de berger dans les Cévennes, le même peut-être avec une taille de plus et troqué mon polo en mérinos que les bretelles de sac à dos avaient réduit à l’état de fines dentelles pour un polo joliment marketing modèle Hike™ en Omni-wick™ dont j’espère qu’il tiendra ses promesses™. Pour les chaussures, pas d’attachement, pas de sentiments, c’est une nouvelle paire chaque année, un mois de randonnée ayant raison des crans des semelles. Mais vieille connaissance ou petit nouveau, il faut se réhabituer ! C’était pour le matériel, mais cela vaut aussi pour le corps. Il faut qu’il intègre que désormais, chaque jour ce sera plusieurs heures d’effort, des montées, des descentes, de la route brûlante ou des chemins, des piqûres d’insecte et des morsures de ronce et que ce ne sont ni les courbatures, ni les ampoules, ni les douleurs articulaires qui nous feront renoncer, alors plus vite tout cela sera réglé, mieux ce sera pour tout le monde ! Compris ! Je ne sais pas si mon vieux corps est dupe mais comme première étape, il n’a pas eu trop à se plaindre… une moitié de kouglof au départ et une à l’arrivée, de la chaleur mais sans excès avec de nombreux passages à l’ombre des arbres et un kilométrage raisonnable, c’est un démarrage idéal !
Si nous faisons étape en Suisse, c’est parce que l’hébergement que nous avions trouvé sur Booking nous a fait faux bond, réglé par un lapidaire « Bonjour je suis dsl il faut annuler la réservation excusez-moi cordialement Céline » (le prénom a été changé). [Note du traducteur : “dsl” signifie “désolé” dans la langue écrite des jeunes]. Du coup, il a fallu trouver une solution et une vieille auberge juste de l’autre côté de la frontière nous a sortis de ce mauvais pas. Et quand je dis vieille auberge, ce n’est pas un cliché. Sa façade nord est ornée d’un panneau « A VENDRE », on accède au bar par un long couloir sombre puis une porte à gauche avec une feuille scotchée portant l’utile mention « ENTRÉE ». Une fois la porte franchie, on accède à la salle de bar où le seul élément de modernité est la télé écran plat. Quatre vieux jouent aux cartes. Ils notent leurs points sur une ardoise. Au-dessus du bar, un dispositif grillagé aux néons bleus assure la défense passive contre les mouches. Un vieux ventilateur sur pied brasse l’air. Des pots d’orchidées attendent une hypothétique refloraison aux fenêtres. La patronne sort de la cuisine. Cheveux blanc, sourire amical mais ce qui marque, ce sont ses grand yeux las. On la comprend. La canicule tient éloignés les clients de son restaurant qui préfèrent barbecue et salades fraîches à la maison, son genou douloureux l’empêche de monter dans les chambres à l’étage, et la semaine de canicule l’avait mise à plat avec plus de 45 °C devant ses fourneaux (car c’est aussi la cuisinière). Nous profiterons d’ailleurs de ses talents avec des filets de perche aux amandes pour Mireille et pour moi friture de carpe aux graines de pavot. Mais en nous régalant nous vivons là la fin d’une époque. Ce genre d’auberge familiale et conviviale va s’éteindre et l’on ne trouvera plus que des appartements aseptisés avec boîtes à clés et messages échangés sans voyelles. En attendant, MRC à Céline dont le DSL nous a permis de vivre ce rare moment.
🥾17,3 km ↗️+300 m ↘️-435 m 🌤️ 21-28: °C






