Hop, ça y est : on a remis le turbo ! Presque 30 km aujourd’hui, parce que la plaine s’y prête, parce que la petite ville de Tulln a plus d’attrait que la Pension Daniela dans le petit village de Langenschönbichl quelques kilomètres avant, et qu’on a envie, avouons-le, de rallier Vienne fissa. Aussi parce que je reste jeune et présomptueux dans la tête, mais je sens bien que l’an prochain Mireille édictera une nouvelle règle : « Pas d’étape de plus de 25 km tu feras. » Et elle aura bien raison, car en plus d’être long, c’est long. On sent bien l’aspect répétitif de mettre un pied devant l’autre et de recommencer. Quarante-deux mille cinq cent trente-quatre pas, ça fait quand même ! Heureusement, nous n’avons pas à les compter, la technologie s’en charge, en toute inutilité. Et on sent bien le temps qui passe. Quasi une journée de travail sur le chemin. Enfin, une journée de travail du temps des 35 heures, pas du temps du travailler plus pour gagner plus, des heures supplémentaires défiscalisées et du sucrage des jours fériés.

Nous marchons encore au son des cris des guêpiers, mais cette fois nous aurons la chance de les voir à distance raisonnable, tout d’abord tout en haut de grands arbres, puis plus tard, depuis le pont au-dessus de la Krems, chassant tout ce qui vole au-dessus de l’eau : mouches, bourdons, demoiselles, libellules. Puis hop, razzia faite, la joyeuse bande s’est éclipsée pour aller faire bombance ailleurs.

Nous avons traversé le Danube sur un immense barrage-écluse hydroélectrique, décor brut de béton et d’acier, pas très glamour mais impressionnant. Après ça, la rive droite, arborée et pas désagréable, malgré la file ininterrompue des cyclistes : des pressés, des promeneurs, des familles, des qui tractent une charrette, des électriques qui font Bzzzzz, et des exceptions qui nous saluent d’un sourire, d’un Hola ou d’un sonore Griaß enk!, variante locale du Gruß Gott. À un moment, un groupe nous croise, Mireille est à une cinquantaine de mètres (ah, les photos !) et j’entends une dame dire, en français dans le texte : « Mais il faut qu’ils viennent d’où, eux, pour avoir d’aussi gros sacs à dos ? » La vitesse les emporte et ils n’auront pas la réponse de leurs compatriotes marcheurs.

Nous arrivons enfin. Mireille se dit rincée. Je ne comprends pas, il est à peine tombé quelques gouttes et nous arrivons sous le soleil ! Ah, les femmes !

🥾29,4 km  ↗️+60 m ↘️-75 m 🌤️ 19-22 °C

C’est parti (culièrement long aujourd’hui)
Chenille du Paon-du-jour, bonjour !
Leptophye ponctuée et ses grandes antennes
Demoiselle
Çétoine dorée
Escargot d’Autriche (vu qu’on est pas en Bourgogne. logique !)
Distanciation sociale chez le cormoran
Guêpier (le fameux)
Fleurs en fleur, la palissade
Il y a de l’électricité dans l’air
Griaß enk !
Dernière ligne droite