La Gazette : « Bonjour… euh… je suis Louis. Normalement, c’est pas moi qui devrais être là, mais tous les vrais journalistes de la Gazette du Gai Randonneur sont en grève. Vous savez… à cause de cette histoire de rachat par Bolloré. Moi, je suis stagiaire, je devais juste faire des photocopies et vérifier si le café est équitable, mais on m’a envoyé vous interviewer. J’avoue que je suis un peu impressionné… J’ai lu votre blog, surtout la partie sur Passau–Bratislava, et… bon, moi, ma plus grande marche, ça a été République–Nation, la manif contre Parcoursup, et encore, on s’est arrêtés à Bastille pour manger un kebab. Ils m’ont dit : “Pose-leur des questions, montre que tu t’intéresses, et si possible évite les bourdes, mais tu verras, il est sympa”… alors je vais essayer… mais ça promet rien.
— Benoît : Eh bien écoute, Louis, pas de problème, c’est avec plaisir que je répondrai à tes questions. Et bien sûr, tu transmettras tout mon soutien à l’équipe de la Gazette.
La Gazette : J’ai regardé sur Google Maps… Passau–Bratislava, ça fait 368 km, ça fait 111 fois République–Nation, c’est carrément énorme ! Du coup, c’est quoi votre secret ?
— Benoît : En fait, Louis, nous n’avons pas suivi l’autoroute mais le chemin pédestre qui suit le Danube. Du coup, comme tu dis, on a parcouru exactement 532 km à pied, et j’anticipe aussi ta question : ça fait une moyenne de 19 km par jour.
La Gazette : Ouahou ! Et votre secret alors ? Vous avez des pompes à ressort ou de la pommade magique ?
— Benoît : C’est vrai que pour faire autant de kilomètres, les pieds, c’est important. On est adeptes de la pommade NOK qu’on applique religieusement chaque matin avant de partir. Côté pompes, je suis un adepte des chaussures basses, genre chaussures de trail, modèles Décathlon. Cette année, j’ai testé leurs chaussures de randonnée légères basses, avec laçage rapide. Génial ! Comme d’habitude, j’ai acheté ma paire dix jours avant de partir et je les ai mises une fois deux heures avant le départ, mais aucun souci. En fait, ce sont des modèles qui contraignent peu le pied, ce qui me convient bien. Mais le vrai secret, c’est que la marche est l’activité la plus naturelle qui soit et que l’homme est fait pour marcher. À partir de là, il n’y a aucune crainte à avoir à enfiler des kilomètres à pied !
La Gazette : Et vous n’avez pas triché une seule fois avec un petit bus ou un bateau pour reposer les jambes ?
— Benoît : Tricher, ce n’est pas prendre le bus ou faire du stop, ça aurait été de ne pas le dire, et là-dessus, on a été tout à fait transparents. Et puis il y avait quelques étapes très longues qui nécessitaient d’être en parfaite condition pour les faire. À partir du moment où l’un de nous deux n’était pas en pleine possession de ses moyens et qu’il y avait moyen de rendre l’étape moins extrême moyennant l’utilisation des transports publics ou la gentillesse d’un automobiliste, il n’y a aucun problème à le faire. Et ça fait partie intégrante du voyage.
La Gazette : Vous marchez plus vite que les cyclistes ou c’est eux qui trichent avec des vitesses ?
— Benoît : Haha, c’est une drôle de question ! Les cyclistes ! C’est vrai qu’on en a vu plein. Enfin… plein quand c’était plat ! Parce que dans les chemins escarpés des collines, on n’a pas vu l’ombre d’un VTT : ils préfèrent la platitude des pistes cyclables le long du Danube. Et sur le plat, il n’y a pas photo, ils vont plus vite, même ceux qui sont chargés avec de grosses sacoches à l’arrière et à l’avant. Mais c’est vrai qu’il y en a qui trichent un peu : ce sont ceux avec des vélos électriques. Déjà que c’est tout plat et que le vent dans la vallée pousse vers l’est, mais en plus, faire ça en vélo électrique, c’est pas loin de la triche. Enfin, je laisse les cyclistes régler ça entre eux.
La Gazette : Le Danube, il est bleu comme dans la chanson… ou c’est du marketing touristique ?
— Benoît : Marketing touristique ! Il est vert-marronnasse en vrai. Mais bon, quand le ciel est bleu, ce qui n’est arrivé qu’à la toute fin de notre voyage, il peut avoir des reflets bleutés. On peut lui laisser ça.
La Gazette : On peut se baigner sans être emporté en Autriche ?
— Benoît : Quand le Danube est en crue comme nous l’avons vu, je pense qu’on serait emportés, oui, mais il y a des endroits où il est large et paisible et où il est certainement possible de se baigner. Ceci dit, nous avons vu peu de gens se baigner ou faire des activités aquatiques.
La Gazette : Vous aviez un GPS ou vous avez juste suivi Mireille en espérant qu’elle sache où aller ?
— Benoît : Haha, les deux ! Bien sûr, j’ai un GPS qui me permet de suivre avec précision le chemin ou, à défaut, de savoir que nous ne sommes plus sur le chemin prévu. Mais c’est aussi vrai que sur toute une partie particulièrement bien balisée, comme Mireille est toujours devant, il faut le reconnaître, c’est Mireille qui traçait la route, et c’est pour moi bien reposant.
La Gazette : Marcher autant ensemble… ça ne donne pas envie, parfois, de prendre chacun son chemin ?
— Benoît : Ah non, au contraire !
La Gazette : C’est qui qui choisit quand on s’arrête ? Vous ou les pieds de Mireille ?
— Benoît : Haha, décidément vous avez de bonnes questions qu’on ne m’a pas posées souvent. C’est plutôt la soif ou la chaleur qui décide, avec comme condition nécessaire un bon endroit confortable, comme un banc ou un arbre à l’ombrage accueillant.
La Gazette : Pourquoi vous prenez plus de photos d’insectes que de paysages ? Vous êtes entomologiste secret ?
— Benoît : Bien vu, Louis. Il y a effectivement un peu de ça. Depuis tout petit, je suis intéressé par les insectes. Mon père, instituteur, avait la collection complète des fascicules du Petit Atlas des insectes de la maison Boubée. Je pense que ça vient de là. Et il faut dire que les insectes sont magnifiques, non ?
La Gazette : Mireille est toujours prise de dos… vous avez peur qu’elle fasse de l’ombre à vos coccinelles ?
— Benoît : Haha. Elle est de dos parce qu’elle est devant ! Et j’aime bien avoir Mireille dans mes éléments de paysage parce que ça donne cette touche humaine. C’est vrai aussi que Mireille aime moins être photographiée que certains insectes, qui se prêtent à la pose avec une étonnante confiance en le photographe.
La Gazette : Dans votre page J27, vous dites que c’est la fin d’une trilogie et le début d’une nouvelle ère avec la retraite… Ça veut dire que maintenant vous allez marcher tout le temps, genre enchaîner les continents ? Ou alors vous allez juste faire plus de petites boucles près de chez vous pour ménager vos genoux ?
— Benoît : Eh bien justement, nous ne savons pas encore. Quand on travaillait, notre mois de vacances, c’était la grande randonnée, il n’y avait pas à réfléchir ni à discuter ! Maintenant que nous allons avoir onze mois de vacances supplémentaires, ça ouvre quelques options. Ce qui est certain, c’est que nous n’allons pas enchaîner les continents car nous sommes soucieux de notre empreinte carbone. Par contre, tout ce qui est accessible en train ou en bateau est envisageable ! Et puis il y a les problèmes physiques, effectivement. On n’est plus tout jeunes.
La Gazette : Marcher autant… ça ne remplace pas un travail normal ?
— Benoît : Je n’avais pas vu les choses comme ça, mais si on réfléchit un peu… On a fait en moyenne 5 h 15 de marche par jour. Auquel il faut ajouter bien 3 heures pour le blog : ça nous mène à près de 58 heures par semaine. Qui bosse comme ça ? On regarde sur Internet ? Je crois que j’ai trouvé… INSEE : France, portrait social – Édition 2023, durée habituelle hebdomadaire du travail en 2022. Voyons voir… ceux qui bossent le plus, ce sont les agriculteurs exploitants, avec en moyenne 52,5 heures. Ah ben oui, c’est un vrai travail ! Merci, Louis, de me l’avoir fait remarquer.
La Gazette : Pas de souci ! Et vous avez pensé à breveter “Mirben” comme marque de chaussures ?
— Benoît : Haha, mais tu en as des bonnes idées, Louis ! Dès notre retour à Paris, direction l’Institut national de la propriété industrielle pour déposer MirBen. Et après, je file à Lille négocier avec Décathlon. MirBen, ça sonne quand même mieux que Quechua, qui est quand même un peu de l’appropriation culturelle, non ?
La Gazette : un dernier mot pour vos followers ?
— Benoît : Bien sûr ! Un grand merci à tous pour leurs pouces et leurs messages de soutien et je leur dis à bientôt pour de nouvelles aventures !
La Gazette : J’ai une dernière question plus personnelle. Vous prenez des stagiaires ?
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