Notre hôte nous raccompagne jusqu’au portail du château. Nous papotons encore un long moment. Ça devient une habitude !
— Non, non, Catherine, pas de Pompote pour la route ! C’est gentil ! Ça va aller !
— Non, non, Catherine, nous ne voulons pas être avancés en voiture ! C’est très gentil ! Ça va aller !
— Oui, oui, Catherine, promis, nous vous enverrons un petit mail pour vous dire qu’on est bien arrivés à Tours ! Allez, au revoir et encore merci pour tout, c’était super !
Nous nous étions écartés du tracé « officiel » de la Via Sancti Martini faute de trouvage d’un hébergement disponible sur le chemin. Il nous faut maintenant aller récupérer le tracé « officiel » tout en continuant de progresser vers Tours. Pas d’autre solution que de suivre la D50 jusqu’à Ferrières-Larçon. C’est pas bien folichon ! La route est passante et les abords monotones, avec de vastes étendues de blé fauché ou de tournesols à la tête basse. À Ferrières, après avoir bu un Schweppes dans le bar-restaurant-épicerie-dépôt de pain-point poste, je décide d’éviter la D50 par un petit détour en allant chercher la D59 qui mène elle aussi à Ligueil et qui a l’air plus tranquille. Ça ne s’avérera pas une vraie bonne idée car, s’il y a moins de voitures, il y a étrangement plus de gros camions. C’est quand même un poil moins monotone car nous traversons une forêt (en fait juste un gros bosquet). Arrivés à Ligueil, un gros bourg mort comme un lundi, nous prenons les deux uniques glaces (des cônes chocolat) de l’unique magasin ouvert, la boulangerie (en dehors du tabac-presse bien sûr, on ne rigole pas avec le cancer du poumon).
Deux chemins de traverse entrecoupés d’un ultime bout de D50 nous mèneront à La Chapelle-Blanche-Saint-Martin qui doit son nom à son église Saint-Martin, et au fait que c’est une zone blanche pour la téléphonie mobile, fluctuant d’une inespérée 3G à un plus radical aucun service. Voilà qui ne facilitera pas la mise en ligne de ce billet !
Les deux parasols du bar Bellevue nous indiquent que nous allons pouvoir renouer avec notre tradition d’une pression bien fraîche à l’arrivée ! Nous nous installons en terrasse. La patronne surmonte son arthrose et son insuffisance veineuse pour venir nous servir. Un couple arrive en R19 et s’installe à la table d’à côté (il n’y a que deux tables). Ce sont manifestement des habitués. Et un couple romantique, car ils sonorisent la terrasse avec leur autoradio par la vitre laissée ouverte. C’est pas du Christophe Maé mais ça y ressemble. Nous sommes d’ailleurs assis à LEUR table, apprenons-nous lors du troc de l’unique cendrier disponible. Puis sort fumer Serge (son prénom a été modifié). Il est de Dax, et la Feria de Dax sera son point d’entrée en conversation. Il déduit assez rapidement que, pour faire ce qu’on fait pendant nos vacances, on ne doit pas avoir un métier bien fatigant (sa première mauvaise pioche était qu’on était retraités). Moi, ma pioche, c’est qu’il est menuisier car il lui manque quelques phalanges de-ci de-là. J’ai douté un instant quand il nous a dit qu’il était opérateur dans une usine… Puis savouré intérieurement ma victoire quand il a ajouté : usine de contreplaqués et mélaminés.
Quelques minutes plus tard, il nous a offert une deuxième bière que nous avons acceptée après avoir poliment essayé de refuser et, maintenant qu’il est assis à notre table, on peut enfin parler du VRAI sujet, sa fille de 20 ans qu’il ne voit plus et des multiples acceptions de l’expression « casser du sucre sur le dos ». Mais toute bonne séance de psychothérapie a une fin et nous prenons congé de Serge pour une nouvelle aventure, notre nuit en « hébergement insolite » (sic), à savoir un cube en bois de 3 mètres de côté avec tout le confort : douche, toilettes, kitchnettenette (non ce n’est pas une faute de frappe, mais bien une petite kitchnette), une penderie, un canapé, une tablounette et un lit kingsize en mezzanine sous un hublot vitré qui permet d’observer les étoiles en s’endormant… et les mouches qui essayent désespérément de s’en évader en se réveillant.
🥾27,5 km ↗️+70 m ↘️-45 m




