« Vous avez des brocanteurs à la sortie du village ? », demandai-je candidement à la patronne au moment de payer notre nuitée. « M’en parlez pas ! C’est notre logement social. C’est l’ancienne poste. Sur la commune de Brion dont on dépend il y a huit hameaux et ils ont choisi La Chaldette, le plus visible ! Vraiment ! Cet hiver ils ont mis le feu à la cheminée. Le maire y passe toutes les semaines. Ils laissent leur chien au milieu de la route, ils ont des chats, ça pullule. Heureusement, il y en a qui régulent… et puis ils ne font rien à part peut-être siphonner un ou deux réservoirs. Parce qu’ici, il y en a du travail ! Il y a plus de travail que de gens dans l’Aubrac ! Enfin c’est comme ça ! Bon, pour vous aujourd’hui, c’est pas trop long mais il va faire chaud sur le plateau. N’hésitez pas à prendre de l’eau aux fontaines dans les villages. Ici, si c’est pas marqué non potable, c’est potable ! Allez, bonne route ! ».
Un grand soleil est revenu sur l’Aubrac. Partout, les tracteurs sont de sortie pour faire (enfin) les foins. De grandes lessives sont étendues sur les fils dans les villages. Les VTT motorisés de location dévorent à nouveau les chemins. Nous retrouvons nos petites pauses fraîcheur. Ce n’est pas tant la chaleur qui les déclenche (il ne fait quand même que 22 degrés) que la rareté de l’ombre sur le plateau, et aussi qu’aujourd’hui rien ne nous presse, ni la pluie, ni le froid, ni la longueur de l’étape. Alors, assis sur nos sacs, nous profitons de l’ombre d’un vieux frêne touffu pour observer le ballet des traquets motteux qui, perchés sur des piquets, guettent l’insecte volant qu’ils iront intercepter d’un vol fait d’acrobatiques arabesques. Nous en profitons aussi pour herboriser un peu : reine-des-prés, tanaisie commune, eupatoire chanvrine, renouée persicaire, menthe sylvestre… Autant de jolis noms que nous allons hélas bien vite oublier, sauf peut-être la reine-des-prés qui contient de l’aspirine et la tanaisie dont les feuilles permettent d’aromatiser de délicieux cakes au chocolat, à ce qu’on dit.
Le pont de Gournier n’étant qu’à quatre kilomètres de Nasbinals, et pour être tout à fait complet, nous avons aussi été prendre une bière chez mon chef qui est natif de Nasbinals et y possède une maison de famille (découverte faite fortuitement après que nous avons décidé de nous lancer sur Urbain V, je tiens à le préciser…).
🥾14,7 km ↗️+235 m ↘️-180 m 🌤️ 16-22 °C











