Ce n’est que le lendemain matin que Ben, le copilote, se rendit compte, en regardant les détails de la randonnée pour régler le GPS, que le départ s’effectuait depuis Allos et non depuis le col d’Allos, ce qui doublait la distance. Ce n’aurait pas été grand-chose si Mir, la pilote, n’avait pas découvert l’enfer de la conduite sur les routes des cols de l’Ubaye taillées dans la roche au début du siècle dernier : étroites, sinueuses, passant de l’ombre au soleil, virages sans visibilité, vélos grimpant au ralenti, vélos descendant en trombe, grosses motos, processions de véhicules agglutinés derrière le moins à l’aise, camping-cars, travaux routiers, engins de chantier, précipice sur la gauche, paroi rocheuse sur la droite et périlleux croisements millimétrés. Après plus d’une heure de conduite sous tension, les MirBen arrivaient à Allos. Mir pouvait enfin se détendre et Ben décontracter sa main droite crispée à la poignée du plafond. Mais le trajet n’était pas encore tout à fait terminé, il fallait encore monter jusqu’à la maison forestière de Laus par une petite route dont le topo mentionnait un énigmatique « Accès réglementé : consulter l’office du tourisme ». Ce que ne savaient pas les MirBen, c’est que le lac d’Allos était une attraction touristique majeure. De fait, un panneau indiquait au bas de la route PARKING COMPLET. « Bah, fit Ben faussement optimiste, allons voir quand même ! » La route forestière s’élevait cette fois tranquillement au milieu des sapins, au grand soulagement de Mir. Ils arrivèrent finalement à une barrière où une dame masquée portant un T-shirt du parc du Mercantour leur indiqua que le parking payant du lac était complet, qu’il y avait là déjà des gens qui attendaient pour monter mais que, s’ils le désiraient, ils pouvaient se garer là gratuitement et monter à pied : il fallait compter deux heures et c’était très joli. C’est l’option que choisirent les MirBen. Après tout, ce qu’ils cherchaient, c’était leurs 600 mètres de dénivelé quotidiens et ils auraient au moins vu le lac d’Allos !
Le sentier qui menait au lac (au parking du lac, à vrai dire) remontait le cours de son torrent de décharge. La végétation était exubérante. La plupart des fleurs n’avaient pas encore rencontré l’objectif de Ben et Ben en était tout excité : « Oh, des lis martagons ! Oh, un papillon ! Oh, une orchidée ! » Une bonne centaine de clic-clac plus tard, ils avaient rejoint le parking du lac, un parking grand comme dix fois celui du Super U de Buis-les-Baronnies. Là, ils rejoignirent un temps la foule des touristes, passèrent devant la tourbière puis, avant le lac, prirent un petit chemin qui les fit sortir des sentiers battus. Après une large boucle à travers des replats marqués de bouses, ils arrivèrent au point où le magnifique lac bleu d’Allos s’offrait à leurs yeux, l’endroit idéal pour une pause réconfortante (le réconfort plan-plan se satisfait de trois abricots et deux Figolu).
Le retour fut la copie conforme de l’aller, seul le précipice était passé de gauche à droite sur la route du col.
La demie de six heures sonnait au clocher de l’église quand Mir coupa le contact. « Mir, t’as vu, il y a un sentier qui démarre de l’auberge. Ça te dit pour demain ? »
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