Bernadette, notre ex-voisine mais toujours amie, mathématicienne globe-trotteuse, nous avait offert un livre de poche intitulé « Les décisions absurdes ». Il y a un tome 1 et un tome 2. Depuis ce jour, je postule à figurer dans le tome 3 à venir !
Aujourd’hui, c’est une grosse étape ! On passe le col du Petit-Saint-Bernard ! On est prêts mentalement à monter à 2188 m. On est prêts physiquement aussi, l’étape de la veille n’ayant finalement pas laissé de traces (enfin pas trop).
Nous partons de Morgex (alt. 981 m) relativement tôt, sur le coup de dix heures et quart (le mieux qu’on ait fait cette année, c’est neuf heures et demie). Si nous partons sous un timide rayon de soleil, les sommets déjà sont couverts de nuages gris conformément à la météo qui annonce pluie et orages. Au bout d’une heure de raide grimpette, une pluie froide se met à tomber. On s’équipe, housse sur le sac, veste de pluie, le GPS passe dans sa housse en plastique étanche, et nous repartons. Le chemin grimpe encore raide jusqu’à ce que nous rejoignions un chemin en courbe de niveau où la marche redevient facile. La pluie entre-temps s’est arrêtée.
Nous arrivons à une bifurcation mais, sur la carte, il n’y a qu’un chemin. Peu importe, car nous sommes à une centaine de mètres de la route goudronnée qui doit nous mener au village de La Thuile. La pluie reprend. Nous arrivons bien à la route. Cool ! Il n’y a plus qu’à la suivre jusqu’à La Thuile. Et nous tournons à gauche et commençons à remonter la route d’un bon pas. Je sors une ou deux fois le GPS mais entre la buée sur les lunettes, les gouttes sur le plastique couvrant l’écran et les lacets serrés, mon cerveau n’analyse pas grand-chose et, de toute façon, on est sur la route, c’est cool, elle monte, et aujourd’hui, on monte au col du Petit-Saint-Bernard. À propos de col, on vient de passer un petit col, le colle san Carlo (alt. 1971 m). Et ce n’est qu’après avoir entamé la descente, la pluie ayant cessé et la lucidité revenue que je réalise ENFIN qu’on a pris la route dans le mauvais sens ! OUAH LA BOULETTE ! On retourne sur Morgex ! Arrière toute ! Bon ben, il ne reste plus qu’à repartir et refaire dans l’autre sens ce qu’on a fait inutilement et d’un bon train. La commission d’enquête parlementaire ouverte pour investiguer sur ce grave dysfonctionnement déterminera que cela nous a fait faire un extra d’environ 6 kilomètres, sans compter le dénivelé. Et sur ce coup-là, monsieur Zouzou n’y est pour rien ! En même temps, nous réalisons que La Thuile (alt. 1 450 m) que nous devons rejoindre est dans le fond de la vallée et qu’il faudra donc remonter de tout en bas pour rejoindre le col du Petit-Saint-Bernard (alt. 2 188 m), ce qui fait encore plus de dénivellé que prévu ! Mais les MirBen en ont vu d’autres et repartent d’un bon pied dans le silence de la montagne juste percé de temps à autre par un « Ouah la boulette ! »
Nous redescendons donc, arrivons à l’endroit où la décision absurde a été prise, faisons reset du passé (sous forme d’un bisou), passons un lacet et découvrons La Thuile, en bas, bien visible ! On descend d’un bon pas et, arrivés à La Thuile, on attaque aussitôt le col par l’ancienne voie romaine. Le vieux chemin est direct et coupe la route en lacets où motos et voitures décapotables se font des petits plaisirs mécaniques et sonores. En acceptant notre humble condition de marcheurs, nous progressons (lentement) vers le col. Le ciel est gris, il fait frais (12 °C) et le vent souffle. Oh ! Une marmotte ! Et enfin apparaît le lac du col, les grands saint-bernards en bois qui doivent inciter à acheter les petits saint-bernards en peluche, l’ancienne douane italienne désormais murée et, encore quelques centaines de mètres plus loin, l’hospice où nous entrons (avec quelques dizaines d’années d’avance j’espère). Il y a un saint-bernard en chair et en poil couché dans l’entrée, on est au bon endroit !
Pour notre premier dîner en France, nous partageons notre table avec un couple parlant français. Cela n’a rien d’exceptionnel, mais pour nous qui avons passé nos cinq dernières années de vacances en Italie, Hongrie et Slovénie, ça l’est ! Et en plus, le monsieur est un super athlète qui pratique l’ultra-trail, des courses de plus de 160 km en montagne comme la diagonale des fous (où il a terminé 11e) à La Réunion ou l’UTMB (Ultra Trail du Mont-Blanc). Il est d’ailleurs là pour préparer cette course. Sa femme l’a déposé à Courmayeur ce matin et il est rentré au Petit-Saint-Bernard en courant. Normal ! Et nous sommes désormais incollables sur tout ce qu’il faut pour réussir un ultra-trail, de l’hydratation (800 ml/h) à la préparation gastrique (pas de lactose ni de gluten une semaine avant) en passant par l’aliment phare en course (la patate douce) et le volume d’entraînement (25 h par semaine). On est loin de notre régime bière–pizza italien !
🥾26,8 km ↗️+1 910 m ↘️-678 m 🌤️ 12 °C







