Rejoindre Langres depuis Arbigny, ça fait une trotte : plus de 30 kilomètres. Plus jeunes, nous l’eûmes sans doute fait mais maintenant, c’est hors de nos critères de raisonnabilité. Le plan B, c’était le stop. J’avais remarqué qu’on pouvait gagner la Nationale 19 et là, à l’intersection de la route de Lecey, faire du stop avec, pensais-je, de bonnes chances d’être pris rapidement. Pour maximiser nos chances, nous avions même investi dans un rouleau de plastique blanc et un feutre effaçable pour y indiquer clairement notre destination, LANGRES, à huit petits kilomètres de là, de façon à ce que les conducteurs n’aient pas l’excuse de l’incertitude pour ne pas s’arrêter.
On s’installe, moi les bras en croix tenant sur mon torse notre pancarte et Mireille tendant son plus beau pouce. On se rend vite compte que, côté N19, ça ne va pas être facile. Sur ces grandes voies, les voitures ont tendance à s’agglomérer en groupes de deux ou trois. Le premier conducteur n’a guère envie de freiner car il est suivi et ceux de derrière nous voient tardivement. Il reste les voitures seules, plus rares, et comme seulement 1 à 3 % des conducteurs sont enclins à prendre des auto-stoppeurs, les autres ayant leurs raisons : purs misanthropes, individualistes forcenés, phobiques des serial killers, méritocrates anti-assistanat, honteux de leur voiture-poubelle, maniaques de la propreté… L’autre option, ce sont les voitures venant de la route de Lecey, mais il y en a très peu, comme tout le monde le sait. Et elles sont encore plus rares à tourner à droite vers Langres. Mais au moins, elles doivent marquer le stop et soutenir notre regard en surveillant les voitures qui arrivent à vive allure.
Le salut viendra effectivement de la route de Lecey avec Josiane, coiffeuse à domicile, à quelques mois de la retraite, qui rentre sur Langres chercher ses nouvelles lunettes après avoir coiffé Anisette Fifoin, sa dernière cliente de la journée, et même d’avant un certain temps car Josiane est en vacances ce soir. Ajoutez à cela que Josiane est aussi une randonneuse et vous réaliserez le parfait alignement des planètes qui nous a libérés de vingt-deux minutes de pouce tendu et des doigts crispés sur notre pancarte. Les huit minutes de trajet ont été essentiellement consacrées à l’analyse socio-économique de la coiffure à domicile qui a pâti du Covid, qui est menacée par des coiffeuses qui cassent les prix et par le fait que les femmes ne font plus de couleurs (regard noir dans le rétroviseur pour Mireille) ni de mises en plis (second regard noir). Nous voilà arrivés à Langres. Professionnelle jusqu’au bout, Josiane se gare bien sûr en épi.
🥾23,1 km ↗️+460 m ↘️-310 m 🌤️ 24-27 °C




