Aujourd’hui, nous quittons la Haute-Marne et l’ambiance moyenâgeuse d’Auberive pour la Côte-d’Or et le cadre rural de la ferme de Borgirault, perchée sur la proue d’un plateau entre deux vallons. On y cultive en bio des lentilles et des céréales, on y fait du fourrage et on y élève une vingtaine de chevaux et quelques centaines de porcs en pleine nature qui profitent de leur courte vie dans un vaste espace de bois et de prairies.
À 19 h 30, à la table d’hôtes, nous sommes quatre. Il y a un couple de marcheurs, des retraités parisiens qui font le GR 7, un cuisinier allemand passionné des Celtes et des Gaulois venu participer à une reconstitution historique et un technicien venu donner deux jours de formation au CEA de Valduc, le bras scientifique de notre dissuasion nucléaire. J’allais oublier Karl Marx qui nous toise du haut de son portrait accroché au mur. Une petite discussion s’engage en français et en anglais, histoire de maintenir un niveau d’interaction sociale acceptable. C’est quand Léon, le jeune et volubile fermier, s’assoit à notre table après avoir servi un monstrueux plateau de fromages que la discussion s’anime un peu. Léon a la fibre écolo. La discussion s’oriente rapidement sur le changement climatique et ses effets désastreux. Cette année, ils ont récolté 70 % de céréales de moins que l’an passé. Pour ses voisins en conventionnel, la perte est de 40 à 50 %. Et plantez du sorgho ? [Céréale africaine qui résiste bien à la chaleur.] Ce n’est pas une solution car, plus que la chaleur, le vrai problème, c’est le manque d’eau. Il réfléchit à des solutions de stockage des eaux pluviales. Il faudra en passer par là. Et ses cochons avec la canicule ? Il en a perdu trois seulement, mais il a passé beaucoup de temps à les brumiser dans la journée. Une solution indispensable mais pas très viable parce que ça consomme de l’eau. Une spirale infernale. Il y a des solutions technologiques. On peut même climatiser les soues (bien que ça coûte des sous), mais tout ça ne fait qu’émettre plus de CO₂. Bref, il est assez inquiet, pas pour les agriculteurs, mais pour notre souveraineté alimentaire, pour l’assiette des Français. Allez vous coucher l’esprit léger après ça !
Au petit déjeuner, nous rencontrons le papa de Léon, qui est passé du statut d’agriculteur exploitant à celui de retraité exploité, dit-il avec le sourire. Et pas difficile de savoir de qui Léon tire sa fibre écolo ! Un éleveur qui se réjouit du retour du loup, ce n’est pas commun ! Il a racheté la ferme en 1988. À cette époque, au village en dessous, il y avait tout : deux restaurants, une épicerie, un boucher, un boulanger, un coiffeur… Aujourd’hui, il n’y a plus aucun commerce. La campagne se vide… et pour les jeunes qui restent, ce n’est pas facile. Avec le gîte, son fils voit du monde mais le jeune fermier d’à côté ne voit que des vieux. Dans quatre ans, il sera parti… Après ce tableau guère réjouissant, difficile de trouver une chute rigolote ! Ah si ! Cette nuit, les députés ont voté pour la loi Duplomb II et le retour de l’acétamipride ! Allez, la ferme de Borgirault reste un chouette endroit ! Pas vrai, les hirondelles ?
🥾18,5 km ↗️+505 m ↘️-400 m 🌤️ 21-24 °C




