Le couteau suisse soigneusement rangé dans sa pochette noire dans un plastique vert dans la poche latérale droite du sac à dos, nous reprenons le chemin sous un ciel bleu si éclatant que ça en ferait mal aux tympans.

Nous quittons définitivement les paysages de bocage de notre cher Cher pour, sans nous plaindre, l’Indre. Nous cheminons désormais à travers de vastes champs de blés fauchés par des agriculteurs qui, du coup, ne le sont plus, et n’ont plus non plus cette angoisse de finir sur la paille, contrairement aux champs qui, du coup, en sont couverts. Et je sais aussi que Mireille va me dire, en relectrice intransigeante, que j’utilise trop du coup, du coup je vais faire attention à l’utiliser moins, même si ce matin je me suis réveillé avec un petit torticolis et que maintenant je souffre… du cou.

La Via Sancti Martini suit partiellement le tracé du GR 654 qui est aussi un chemin de Saint-Jacques pour les pèlerins venant du nord (il démarre à Liège) ou commençant traditionnellement à Vézelay, d’où le nom de Via Lemovicensis (ne m’en demandez pas plus, j’ai arrêté le latin en quatrième). Tout ça pour vous dire que, du coup conséquemment, nous avons croisé des pèlerins de Saint-Jacques, deux exactement, et de style très différent.

Le premier se nomme David. On l’a rencontré alors qu’il déjeunait sur un banc devant l’église de Lacs, assis à côté de son énorme sac à dos. Il a une voix très douce et parle lentement. Il est parti de Liège sans plan de route. Il pense arriver à Saint-Jacques en septembre mais peut-être plus tard. Ça dépendra des rencontres. Ça lui est arrivé de rester deux, trois jours au même endroit avant de « repartir avec son linge qui sent bon ». Belle image.

Le second, on l’a vu arriver de loin avec ses bâtons. Bermuda marron, tee-shirt beige, sac plus petit que le nôtre, couvert de sa housse imperméable (le ciel est bleu assourdissant, écrivai-je plus haut), tuyau plastique pour boire, c’est pas le même genre de pèlerin. Il est canadien (y avait pas bâsoin de dmannnnder poul savoirrrr) et compte aussi aller à Compostelle mais se désespère un peu avec ce balisage inconsistant et les 30 kilomètres qu’il fait pour une étape de 20. Il est parti de La Souterraine. Mais bon, on ne l’embête pas plus car on voit bien que notre cousin est pressé. On lui confirme que c’est bien le panneau de La Châtre derrière nous là-bas. « Allez, Buen Camino ! » Et il repart en frétillant comme un poisson qu’on vient de remettre à l’eau !

Nous revenons de La Châtre lestés de nos achats au Market, le seul magasin ouvert en ce lundi. Ce soir on fait dînette. En attendant, les bords de l’Indre que nous longeons, ponctués de vieux moulins, sont une délicieuse fin d’étape.

🥾26,9 km  ↗️+160 m ↘️-225 m

En route pour 26 km (ce n’est pas mes champs)
Merci à la Grande sauterelle verte de nous faire remarquer, car j’avais omis de le mentionner dans les épisodes précédents (24 et 26 juillet), que la nervure de la face dorsale des feuilles des laitues vireuse ou scariole, comme cette dernière ici, est munie d’épines que l’on voit très distinctement au-dessus de la tête de la Grande.
La grande sauterelle verte fait l’autruche
Sympétrum rouge sang sur les bords de l’Indre (Sympetrum sanguineum)
Morelle douce-amère (Solanum dulcamara)
La nature est notre moteur. Si, si, l’Indre !
Note : mon ami Yves me fait la remarque que c’est un peu tiré par les chevaux !