Avant de partir, nous avons droit à une visite privée de la mairie de Cluis, un ancien manoir du XVIIe dont la salle du conseil est ornée de tapisseries d’Aubusson et de boiseries peintes. Il y a aussi une magnifique armure portée par Ivanhoe lui-même, si, si, lors du grand spectacle Ivanhoe de 1966, et réalisée par le forgeron du village, artisan dont le portrait orne une autre salle et dont les yeux vous regardent où que vous soyez dans la salle, comme la Joconde… à ce qu’on dit.
Nous quittons le bourg par l’ancienne voie de chemin de fer Cluis – Argenton et commençons directement par l’impressionnant viaduc de l’Auzon, long de 500 m, porté par 20 arches en plein cintre à plus de 50 mètres au-dessus de la vallée et où les déprimés de la région venaient déjà pratiquer le saut à l’élastique bien avant l’invention de l’élastique… à ce qu’on dit.
Ce bout de parcours est commun pour un petit moment avec le GR vers Saint-Jacques. Commun, pas tout à fait, car le GR fait sur quelques centaines de mètres un écart à droite de la route qui ne semble motivé que par le plaisir de faire des pas supplémentaires. Nous, rationnellement, restons sur la route. On ne le fait pas aux MirBen ! Mais bien vite nous comprenons l’utilité du crochet du GR : éviter l’infâme et terrible odeur de la porcherie qui jouxte la route. Bien ouèj le GR ! [NDLR : Bien ouèj signifie Bien joué en jeune]
Vous ne le savez peut-être pas, mais un sac à dos ça fait du bruit. On n’y prête jamais attention, mais ça grince et ça couine constamment selon un motif sonore qui se répète à chaque pas. Et tout va bien tant qu’on y prête pas attention, mais si par malheur, par malheur on y prête attention, alors c’est foutu : on n’entend plus que ça tout le long du chemin. Pire, on met mentalement des mots dessus, genre « hiiiiii hiiiiii tchac » qu’on se fredonne dans la tête en rythme avec son sac. C’est infernal, obsédant. Seul un électrochoc permet de sortir de l’emprise de son sac : l’aboiement d’un chien méchant derrière sa grille, le passage d’un gros tracteur, une grande sauterelle verte ou réaliser qu’on a pris une mauvaise direction ! Ça m’est arrivé aujourd’hui, je ne vous le souhaite pas. Sans rapport, vous vous rappelez du petit bonhomme en mousse ?
Nous quittons notre voie qui n’est plus ferrée pour monter sur un vaste plateau dominant la région. Notre chemin se dissout bientôt dans les chaumes et il nous faut deux bons kilomètres littéralement à travers champs pour retrouver un « vrai » chemin qui nous mènera dans la vallée jusque dans la charmante ville d’Argenton-sur-Creuse (et non pas d’Arpajon-sur-Creuse, comme je l’ai entendu ;-).
🥾22,3 km ↗️+95 m ↘️-275 m





