Nous quittons notre blanc manoir aux allées en gravier. Ah ! Les allées en gravier ! Être riche et vivre dans un manoir aux allées en gravier, c’est un peu, au niveau acoustique, comme être pauvre et vivre dans un HLM avec un voisin qui mange des biscottes. À quoi bon être riche ?
Après plusieurs jours de ciel bas et gris, nous avons pour notre dernière étape un superbe ciel bleu ! Prenons cela comme une grâce faite aux humbles pèlerins que nous sommes.
Nous partons récupérer le pont de Véretz en longeant le Cher au plus près, dérangeant au passage un martin-pêcheur qui file telle une flèche bleue se réfugier de l’autre côté de la rivière.
Nous traversons le pont que des activistes du club de tricot local ont transformé en œuvre d’art, tournons à gauche et prenons le chemin rive droite qui nous mènera sans détours jusqu’à Tours. Plus vraiment besoin du GPS ! Arrivés au pont de Sanitas, nous grimpons quelques marches pour rejoindre la grande artère nord-sud qui traverse la ville. Encore un coup de Romains, ça ! Nous passons devant le magnifique Hôtel de Ville de Tours, magnifique mais aux forts relents de mégalomanie municipale quand même. La troisième rue à droite nous mène à la Cathédrale, but ultime de notre périple sur la Via Sancti Martini. Arrivés sur le parvis, nous admirons comme il se doit la superbe façade et ses deux tours majestueuses, faisons le selfie de circonstance et entrons dans l’imposant édifice à la recherche du tombeau du bon saint Martin. Nous explorons les chapelles. Non, ça c’est le mausolée des enfants de Charles VIII ; non, ça c’est Jeanne d’Arc, sainte patronne de la France ; non, ça c’est le saint curé d’Ars ; non, ça c’est l’orgue ; non, ça c’est le fameux tabernacle en ébène et ivoire du XVIIe siècle offert par Louis XVIII à la mère supérieure du carmel Sainte Thérèse ; non ça c’est Marie Auxiliatrice… Mais où est-ce qu’il repose, le bon saint Martin ? Il y a une petite guérite avec un jeune barbu qui vend les billets pour la visite du cloître. Je pose la question…
Oh la BOULETTE ! Oh la BOULETTE !
« Bah ! Saint-Martin, il travaillait ici, il peut pas être enterré là ! Il est enterré à la basilique Saint-Martin ! Alors vous ressortez, vous prenez tout droit, traversez…. » L’explication me semble un peu fumeuse mais le fait est que c’est la MEGA BOULETTE !
« MIREIIIIIILLE ! » hurlè-je, mais juste avec la bouche et sans qu’aucun son ne sorte de ma gorge, comme il convient dans une cathédrale ! « MIREIIIIIILLE ! » « Quoi ? » répond-elle sans bruit en faisant un rond avec ses lèvres. Et de lui expliquer à voix basse l’horrible méprise qui vient mettre une tache indélébile sur quatre ans d’efforts !
Ni une, ni deux, nous voilà repartis en direction de la basilique. Nous y pénétrons contrits, descendons dans la crypte et pouvons ainsi, devant le tombeau du bon Saint Martin qui, nous l’espérons, nous pardonnera notre BOULETTE, mettre un point final à notre long périple sur la Via Sancti Martini, de la lointaine Hongrie à la Touraine en passant par la verte Slovénie et l’Italie de la dolce vita.
Brr ! Brr ! Un SMS ? Oh ! Une demande d’interview de la Gazette des Gais Randonneurs !
🥾15,9 km ↗️+5 m ↘️-10 m







