Mir et Ben avaient voulu donner à cette dernière journée le lustre du plan-plan d’autrefois : marché des producteurs, visite de l’église, café au bar des Bobos puis le tour du rocher Saint-Julien avec détour par la chapelle Saint-Trophime.

Le marché du samedi est bien plus petit que celui du mercredi mais on y trouve néanmoins la camionnette du boucher de la Méouge, arborant sur un bandeau médiéval « TeteDeCochon.fr » et sur les portières ses armes, un couteau de boucher et un couperet rectangulaire entrecroisés, des vendeurs de tilleul séché, de pois chiches des Baronnies (Ben en achètera un kilo, variété Twist), d’huile d’olive et de jus d’abricot, quelques maraîchers et le tour est fait. Les MirBen passent ensuite à l’étape 2 du programme, l’église avec ses vitraux relatant des épisodes miraculeux des guerres de Religion. Le tour est aussi vite fait. Ils passent donc à l’étape 3, le café des Bobos. Ce n’est évidemment pas son vrai nom, c’est Ben qui l’appelle ainsi. C’est le seul café du centre historique, les autres étant massés sur la place des Quinconces, sur le bord de l’Ouvèze. Il a une terrasse à l’ombre d’une treille et accueille en soirée une population qui ne semble ni vraiment locale, ni vraiment touristique et plutôt âgée. Ben les imagine bobos parisiens, vivant entre Paris et Buis. Une chose est sûre, ce café est leur point de ralliement et ils y passent toute la soirée à siroter en réinventant peut-être le monde de demain. En cette fin de matinée, il reste quelques tables libres et les MirBen en profitent car la terrasse est très agréable, et ne sont-ils pas eux aussi bobos ? Sur la place du marché à deux pas, un quatuor « basson et trio à cordes » ouvre le festival de musique de Buis devant un parterre de gens masqués, à l’ombre d’un immense platane. Le basson porte des espadrilles de concert qui lui permettent de monter sur la pointe des pieds et de descendre sur ses cuisses selon les inflexions de la mélodie, tel un ludion, sans que les semelles ne quittent le sol. Du grand art. À noter aussi que les premières notes ont réveillé les cigales en résidence dans l’arbre qui ont assuré la section rythmique avec beaucoup de vigueur.

Étape 4 : tour du rocher de Saint-Julien. Ben propose de faire le tour dans le sens des aiguilles d’une montre afin de prendre dans le sens de la descente le chemin qu’ils avaient monté pour la balade sur la Nible (voir Chapitre 5, La photo disparue). « Un même sentier dans deux sens différents, c’est comme deux sentiers distincts, tu verras ! »

La demie de treize heures sonne au clocher quand ils se mettent en route. Après la piscine où se déroule en musique un cours de gym aquatique distancié, ils prennent la petite route qui contourne le rocher Saint-Julien par le sud et mène à la chapelle Saint-Trophime (premier évêque d’Arles). L’occasion pour Mir et Ben de monter sur le rocher où une imposante statue du saint et une croix dominent la vallée. Vue imprenable sur la zone artisanale.

Ils reprennent leur chemin dans la garrigue puis s’élèvent dans les rochers et les sapins. Sous l’effet conjugué de l’effort et de la chaleur, Sophie la girafe pointe le bout de son étroit museau. Les péripéties du capitaine, du nain et du girafon se font et se défont au gré des lacets. Mir trace la route. Ben est toujours derrière, non par la faute de son trio mais parce qu’il continue son projet photographique. Il mitraille à tout va. Fleurs, insectes, tronc tordu, mousse, lichen. Tout est bon pour une photo en mode Macro. Et puis un paysage de temps en temps, en général en mode Macro car il oublie régulièrement de passer en mode Auto. Ben a un appareil haut de gamme mais n’utilise que deux des multiples possibilités technologiques offertes, Macro ou Auto. Il n’a pas lu le manuel, juste regardé un « tuto » basique sur Internet. Ce qui est professionnel chez Ben, c’est son amateurisme.

Mir est arrivée au panneau indicateur « Sabouillon. 844 m » qui marque le bout de la boucle. Quand Ben arrive, il reconnaît tout de suite le lieu. « Eh, Mir, tu te rappelles, c’est là que tu m’as… comment dire… pas pris en photo ! Tu me reprends ? » (voir Chapitre 5, La photo disparue). « D’accord ! » répond Mir d’un ton neutre. Ben prend sa plus belle pose, rentre son ventre et dresse l’oreille. Un bip suivi d’un clac : cette fois, c’est bon ! La photo est retrouvée !

C’est aussi le moment de faire la dernière pause. Mir et Ben s’installent sur deux rochers tiédis par le soleil, devant eux le mont Ventoux et son crâne dégarni. Ils mangent leurs six abricots en silence. Ben sort le paquet de Figolu. « C’est les deux derniers. Il est temps de quitter les Baronnies. » Ils regardent le panorama en silence. « J’en aurais bien mangé encore un ! » dit Mir.

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Ça a l’air bio et bion !
La porte de la fortune : mi-homme – mi-lion
Méditation à l’ombre de la chapelle Saint-Trophime
Trahi par son ombre
Le Grand Sylvandre ou Portier de la forêt (Hipparchia fagi)
Mir l’exploratrice et le rocher sacré des Baronnies
Faut pas de faux-pas !
La photo retrouvée