En raison d’un appel à la grève émanant d’une organisation syndicale représentative des narrateurs de roman luttant pour le droit au repos dominical, nous ne sommes pas en mesure de diffuser l’intégralité de nos chapitres habituels. Nous vous prions de nous en excuser.
Pssssst… Pssssst… C’est encore moi, c’est toujours Ben. Hier, j’ai changé le mot de passe ; du coup, le narrateur n’a plus accès. Il était furieux. Je profite que j’ai encore la main parce que ça ne va certainement pas durer ! Je reprends…
Sur le quai, le commandant De Sy attendait avec un camion militaire. « Vous avez ma commande, Oksymor ? » demanda sèchement le gradé. « 52 caisses de 12, du rouge premier cru, comme promis », répondit Oksymor. « Bien, faites-les charger dans le camion », dit-il sans exprimer la moindre satisfaction. « Mon commandant, j’ai une faveur à vous demander. J’ai une lourde caisse de matériel à livrer au Royal Bougnat. Je peux utiliser votre camion, c’est sur le chemin ! » « Hum. D’accord, mais faites vite. Le médecin-chef Mangin vous accompagnera avec deux légionnaires », dit-il, renfrogné, avant de remonter sur son dromadaire et de repartir en direction du fort avec sa section de méharistes. « Ben dites donc, Mangin, il était pas commode aujourd’hui le commandant De Sy. La dernière fois, il était si aimable ! » « Ne vous inquiétez pas, Oksymor, le commandant De Sy est cyclothymique. » « Cyclo quoi ? » s’exclama le marin. « Cyclothymique, ça veut dire qu’il a des sautes d’humeur. » « Vous voulez dire que l’humeur du commandant De Sy, elle est comme en dents de scie ! » conclut finement Oksymor. Ils en riaient encore quand ils arrivèrent au Royal Bougnat. Il aperçut non loin Sophie qui broutait la cime d’un acacia. Alerté par le bruit du moteur, Isidore sortit. « Ah Oksy ! Quel plaisir de te revoir ! Alors tu l’as ? » « Bien sûr, et tu ne vas pas être déçu. C’est un ventilateur de plafond Krupp, Deutsche Qualität, le plus puissant du marché, et avec variateur ! Ton palace va avoir la classe internationale ! » « Je ne sais comment te remercier ! Entre boire un verre. » « Pas le temps, il faut que je décharge le bateau et que je fasse mes autres livraisons. Offre un coup à ces messieurs de la Légion en attendant. Moi je serai de retour dans quatre à cinq jours et j’aurai alors tout le temps de boire à la fraîcheur retrouvée du Royal Bougnat. » Oksymor remercia le médecin-chef Mangin et retourna au port d’un pas rapide, souriant à la pensée oxymoresque qu’un pas rapide est tout le contraire de pas rapide.
Cinq jours plus tard, le capitaine Oksymor rentrait de sa tournée de livraison les poches pleines de billets. En poussant la porte du Royal Bougnat, il se réjouit de retrouver ses amis. Sa première impression en entrant fut le liseret rouge qui rehaussait le jaune « Gallimard » des murs. Isidore avait enfin suivi son conseil, pensa-t-il. Sa seconde impression fut l’air moite à peine brassé par les pales tordues du ventilateur qui produisait un grincement lugubre à chaque tour. Sa troisième impression fut que le hall était étrangement désert. Il n’y avait que Maria. Quand leurs regards se croisèrent, elle éclata en sanglots et vint se jeter dans ses bras. Comme elle était portugaise et petite, ce n’était pas vraiment dans ses bras, ce qui explique peut-être pourquoi le père Athanase, qui s’apprêtait à entrer apporter son soutien, préféra faire demi-tour en se disant qu’elle aurait des choses à lui raconter à la confession.
« Allons Maria, cessez de pleurer et racontez-moi ce qui s’est passé. » Elle raconta alors, avec son accent chuintant que le côtoiement de l’Auvergnat n’avait pas arrangé, toute l’histoire : le montage du ventilateur qui avait pris toute la nuit à Isidore et Maxi, les essais, l’inauguration avec tout le monde, le commandant De Sy, tout joyeux, le médecin-chef Mangin, Berzingue, même Al Qadam avec qui Isidore était en discussion pour ouvrir un second Royal Bougnat à Aden, au Yémen, où le cheikh Al Qadam, le père d’Al Qadam, souhaitait investir dans l’hôtellerie de luxe et, enfin, le si charmant Makchi derrière le bar. La fête battait son plein et le ventilateur était à pleine vitesse quand Sophie avait fait irruption dans le hall. Toute excitée à la vue du monde, elle s’était précipitée vers Maxi et… Maria redoubla de sanglots. Le liseret rouge, c’était donc ça. Et Maria, entre deux hoquets, de décrire la tête qui part en direction de Maxi, son réflexe pour le pousser hors de la trajectoire, la langue pendante de la pauvre Sophie qui heurte Makchi en plein front comme un ultime baiser et le corps de la girafe qui s’affale de l’autre côté sur la table où discutaient Isidore et Al Qadam. Alors Oksymor…
Zut, j’entends encore du bruit. Je n’arriverai donc jamais à terminer ! Juste, pour notre deuxième jour dans le Queyras, on a fait un 3 000, le pic Foréant depuis le col Agnel avec vue sur le Viso. Allez, le bruit se rapproche, je coupe !
Les négociations prévues initialement à 18 heures sont repoussées à une date ultérieure en raison d’une seconde intrusion dans les systèmes informatiques. Si on l’attrape, celui-là !
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