En raison d’un appel à la grève émanant d’une organisation syndicale représentative des narrateurs de roman luttant pour le droit au repos dominical, nous ne sommes pas en mesure de diffuser l’intégralité de nos chapitres habituels. Nous vous prions de nous en excuser.
Pssssst… Pssssst… C’est encore moi, c’est toujours Ben. Le mot de passe a été changé par le gars de l’informatique mais c’est un mot de passe provisoire : Narrateur123. Pas trop dur à trouver. Du coup, je peux terminer l’histoire.
Alors Oksymor… demanda : « Comment va Maxi ? » « Il a perdou connaichance mais il rechpirait encore. Le docteur des léchionnaires l’a emmené à l’infirmerie du fort. » « Et Isidore ? » « Ch’est terrible, il est mort, et monchieur Al Qadam auchi. Le coup dou lapin, il a dit le docteur. » On peut dire qu’Oksymor en avait vu dans sa vie mais alors là, c’était du jamais vu ! Ce pauvre Isidore ne méritait pas une telle fin, tout bougnat qu’il fût. Pour Al Qadam par contre, un marchand d’esclaves de moins, personne ne s’en plaindra. « Ne vous inquiétez pas, Maria, je suis là. Je vais m’occuper de tout », dit Oksymor en repoussant délicatement Maria dont les larmes avaient inondé son pantalon. Il s’accroupit et, regardant Maria dans les yeux, lui dit : « Je suis sûr que Maxi va s’en sortir, le médecin-chef Mangin est un grand médecin. Je vais aller prendre de ses nouvelles au fort. Maria, ferme l’hôtel et attends mon retour. » « Merchi Okchi. Je tiens beaucoup à Makchi tou chais ».
Oksymor repassa voir Maria le lendemain matin. « Maria, Maxi va s’en sortir. Le docteur dit qu’il doit rester allongé encore quelques jours pour que le traumatisme crânien se résorbe et qu’il a eu beaucoup de chance. En attendant, je vais aller faire un tour dans le bureau d’Isidore. » « Je n’ai touché à rien. » Oksymor revint une demi-heure plus tard avec un léger sourire, en tenant une enveloppe ouverte qu’il rangea dans la poche intérieure de sa veste. « Euh… c’est un peu gênant Maria mais que sont devenus les restes de Sophie ? » « Le Commandant De Chy il a fait emmener le corps de Chophie en dichant que cha ameliorera l’ordinaire. La tête, che chavais pas quoi en faire, che l’ai mise dans la chambre froide. » « Donne-moi un vieux drap, je vais m’en occuper. »
Quelques jours plus tard, un camion militaire conduit par Kurt, un légionnaire d’origine polonaise, s’arrête devant les portes du Royal Bougnat. Maria, dont le cœur tressaute d’impatience, court sur le perron. Oksymor sort du camion le premier et aide Maxi à descendre du marche-pied. À peine à terre, encore nauséeux du traumatisme et des cahots de la piste, il court d’un pas mal assuré vers Maria. Lui prenant les mains, il susurre « Oh, Maria… » « Oh Makchi… » murmure Maria. « Allez les tourtereaux, rentrez et asseyez-vous, j’ai quelque chose d’important à vous dire. » Maria les guida vers les quatre seuls fauteuils qui avaient été épargnés par le sang de la malheureuse Sophie. Oksymor se mit en face de Maria et de Maxi qui se tenaient par la main. Il sortit de sa poche l’enveloppe qu’il avait trouvée dans le bureau d’Isidore. « Maria, dit-il en en extrayant une lettre manuscrite, c’est le testament d’Isidore. Et je lis : Moi, Isidore Laverne, sain de corps et d’esprit, lègue tous mes biens, dont le Royal Bougnat, à… Maria pour tout… » Maria ne laissa pas terminer Oksymor et, se tournant vers Maxi, lança : « Au Portougal, une fille sans dot ne peut pas se marier. Mais là, cha y est, ch’ai ma dot ! Alors Makchi, tou as un trouc à me dire ? » Maxi était un peu décontenancé. « Euh, félicitations Maria ! » « T’as pas un autre trouc à dire ? » Maxi se reprit et cette fois-ci, le nain fut à la hauteur : « Maria, avec ou sans dot, veux-tu être ma femme ? » Alors ils se laissèrent tomber de leurs fauteuils, se jetèrent dans les bras l’un de l’autre et échangèrent un baiser furieux si longtemps retenu. Oksymor s’occupait en suivant des yeux le liseret rouge au mur laissé par Sophie. Quand il en eut fait quatre fois le tour, il les interrompit en disant : « Ben les amoureux, ça tombe bien, j’ai un cadeau pour vous. » Il sortit et revint avec Kurt. Ils portaient une lourde caisse. « Kurt, si tu veux bien l’ouvrir… » Kurt fit glisser le couvercle. « Oh, Sophie, elle est magnifique ! Elle a les yeux qui brillent. On va l’accrocher au mur ! » « Et on va chancher le nom du palache pour Chez Chophie, on lui doit bien cha ! » Et les promis s’étreignirent à nouveau. « Nous pas boire pour fêter ça ? » demanda Kurt en Polonais qui se respecte. Maxi alla chercher une bouteille de prunelle derrière le bar. Au septième verre, Kurt se mit à raconter comment lui, polonais et taxidermiste de profession, s’était retrouvé dans la Légion étrangère. Il avait juste empaillé sa femme qui était russe un soir qu’il était saoul. L’avocat lui avait promis que, comme la victime était russe, il s’en tirerait avec du sursis, les Polonais n’aimant pas les Russes. « Mais juge considérer que, comme femme moi naturalisé, femme pas russe mais polonaise ! Alors condamner moi à mort ! » Et tous de rire à gorge déployée.
F I N
J’entends encore du bruit mais ce coup-ci c’est mon ventre qui gargouille, c’est l’heure du petit-déjeuner ! Juste, pour notre troisième jour dans le Queyras, on a fait les chalets de Clapeyto. Un classique.
Les négociations prévues initialement à 18 heures se sont finalement tenues et, de source syndicale, un accord semble proche.
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