Rengaine connue : il a plu cette nuit. Le ciel bleu est traversé d’un cortège de nuages, allant du blanc sale au gris profond, poussé par un vent frais.

Au programme aujourd’hui, une grosse étape (encore) de 27 km en suivant les gorges du Tarn avant de remonter sur le plateau sept cent mètres plus haut ou… suivre les GR 43 et 68 qui coupent tout droit par une antique draille pour passer au pied de l’Échine d’Aze avant de rejoindre Urbain V peu avant le fameux chemin des menhirs. En claquant la porte de l’hôtel je n’étais pas encore décidé mais plusieurs éléments que je ne révélerai pas ici m’ont fait opter pour la seconde option. Bon allez, je vais vous le dire quand même parce que vous n’êtes pas nombreux à me lire. D’abord, on a attendu des plombes à l’hôtel derrière une cliente à problème dont le check-out s’est éternisé, ensuite, il faisait moche, ensuite, il fallait encore passer à la supérette ouverte le dimanche pour notre bouffe au gîte dont la table d’hôtes fait relâche dominicalement, ensuite, grosse étape hier et, enfin, un cas de randonnista subie s’est déclaré dans la troupe. Autant de bonnes raisons de tracer au plus court.

Le chemin est bon, avec un vent frais qui permet de faire la différence entre les randonneurs bras et jambes nues et les promeneurs en pantalon et manteau de pluie. Nous répondons à quelques questions « Vous faites aussi la boucle ? ». « Non on va en Aubrac ». « On est bien sur le chemin des menhirs ? ». « Je ne pense pas car nous y allons. On va regarder la carte. Montrez voir votre dépliant. Ah oui, vous avez tourné à droite au lieu de prendre à gauche. Ça nous arrive aussi des fois, ne vous inquiétez pas ». Et c’est ainsi que nous raccompagnons ce couple de Rambolitains qui nous fait part de son envie de randonner et nous pose moult questions.

Les fameux menhirs sont petits mais la vue panoramique est grandiose et les ombres des nuages qui passent donnent une allure animée au relief.

Par un étroit sentier à travers les rochers, la bruyère, les galéopsis des champs et les œillets de Séguier, nous gagnons le hameau de La Fage où notre gîte nous attend. C’est une vieille bâtisse avec un parquet qui grince, deux chambres de deux et deux dortoirs de six. Il y a déjà un jeune en chaussures de trail qui trace sa route vers les gorges de l’Ardèche et sur la table les draps-housses nous indiquent que nous serons neuf ce soir. Sur le coup de 18 h 30, arrive un couple (la cinquantaine je dirais) fourbu. Ils sont partis ce matin à 8 heures du Bénard (aucune idée où ça se trouve non plus) et la dame n’en peut plus. Mireille faisant un petit somme sous ses deux couvertures, j’active seul la cellule d’écoute psychologique. Il faut d’abord évacuer la dame du gîte qui n’est pas là, qu’ils sont dans le dortoir de six alors que le jeune est dans une chambre de deux, qu’ils ont commandé les serviettes de toilette et que là il n’y en a plus (ça c’est normal, c’est nous qui les avons prises), qu’il n’y a pas de repas ce soir et qu’ils vont manger des bollinos eux qui n’achètent jamais de plats préparés, que le topo dit n’important quoi au niveau des distances car quand c’est marqué 20 km sa montre fitness lui indique 30 km alors il faudrait savoir ! Voilà, je crois que ça s’apaise. Un dernier coup sur le balisage. Le calme se fait. On peut maintenant reprendre le ton badin de la conversation apaisée et, le sac vidé, discuter joyeusement du confinement « cinq jours entre quatre murs vraiment je sais pas comment y en a qui trouvent ça bien à part les jeunes du service bien sûr », des 10 morts de l’EHPAD dont le monsieur assurait la direction par intérim « mais que le résident qui a contaminé les autres l’a attrapé à l’hôpital, ça a été prouvé, oui, oui, ça a été prouvé ». Heureusement, les bois d’un défunt cerf ravivent la flamme de ce monsieur chasseur et de sa compagne cuisinière de gibiers. On parle recette de lièvre. La cellule d’écoute psychologique peut arrêter sa mission. L’escalier grince. Tiens, c’est Mireille qui descend ! Puis la porte s’ouvre et un tourbillon d’énergie entre. « Bonjour, je suis Nathalie, la maîtresse de maison. Vous avez bien randonné ? Il ne vous manque rien ? Deux draps, deux serviettes ? Pas de problème ! Quelque chose à boire ? Quatre pressions, pas de problème ! Petit-déjeuner quelle heure ? Tous en même temps s’il vous plaît… Sept heures trente ? Pas de problème ! Bon je vous laisse, il faut que je m’occupe de mes vaches ! Bonne nuit ! ». La porte claque. Le calme revient. Toute rancœur s’est envolée.

🥾15,5 km  ↘️-180 m 🌤️ 14-19 °C

La Collégiale à Urbain, de loin
Le cirse laineux régale !
Rien qu’un bout de tronc
Deuxième service au Cirse Laineux
Trouvez l’intrus
Trouvez le menhir
Trouvez l’intrus (bis)
Dans les airs de Lozère
C’est beau, non ?
Bucolique à souhait
Le grand saut
Les rutilants oeillets de Séguier
Le côté sombre de La Fage
Et son côté clair