Aujourd’hui est une étape un peu particulière. En effet, nous n’avons pas trouvé d’hébergement sur le chemin. Notre plan de repli est Marvejols. L’idée est de s’arrêter en dessous de Grèzes, là où le chemin coupe la D808 qui joint Mende à Marvejols et de tenter notre chance à l’auto-stop.
En attendant, il nous faut partir sous un ciel tout gris dont la météo nous dit qu’il faudra s’y faire car demain ce sera pareil ! Un petit tour à la Cathédrale puis nous longeons le Lot et ses jardins familiaux bien verts avant de remonter à travers champs et bois en direction de Barjac, puis de nous orienter vers la vallée de la Jourdane par les hauteurs, en traversant les hameaux de Cénaret et Bourdoux. C’est là que nous découvrons un homme planté au milieu d’un jardin qui hésite entre la luxuriance et la friche. « Ça pousse ! », fis-je en connaisseur. « Pardi oui, qu’ça pousse ! », répond l’homme en brandissant à bout de bras deux monstrueuses courgettes. Et de nous raconter que ce n’est pas son jardin mais celui d’une amie de la ville qui ne s’en occupe pas et a jeté des poignées de graines de courgettes qu’elle avait, et voilà le résultat. D’ailleurs il l’attend, son amie. Lui, il est agriculteur à 20 km d’ici. Agriculteur en détresse. À cause du temps, il ne peut pas faucher. D’habitude, au 15 juillet, il a fait sa première coupe. Et ça urge s’il veut pouvoir faire du regain. Il n’a plus de bêtes mais il fait le fourrage pour la vente. Et il pleut trop souvent pour la fenaison et pas assez pour les jardins. Quand ça tombe c’est 5 litres au mètre carré, c’est évaporé dans la journée avec le soleil ! Une voiture arrive. « C’est mon amie ! ». Nous lui souhaitons bonne chance pour ses foins et nous remettons en route. Le hameau de Grèzes est bien visible sur sa colline surmontée d’un « truc », c’est comme ça que sont appelées dans le Marvejolais ces excroissances rocheuses typiques. Encore une petite suée dans une montée bien raide pour arriver à ce petit village (mairie – école – église) bien propre mais bien triste, sans âme qui vive, puis nous redescendons pour l’aventure du stop !
J’ai regardé les photos satellites (on est professionnel ou on ne l’est pas) et l’endroit où le chemin croise la route semble propice à l’arrêt d’une voiture, élément fondamental pour le succès de l’opération. C’est effectivement le cas, c’est positif. Nous nous mettons en place un peu plus haut et voilà déjà une première voiture, une Mercedes noire. On lève le pouce. La voiture met son clignotant, s’arrête et le coffre s’ouvre tout seul ! Bingo ! Nous y mettons nos sacs et montons encore suants et crottés dans ce bel intérieur cuir gris clair. Le monsieur est corpulent mais nous dispense du port du masque, il est vacciné. Il remonte à Fournels, dans le nord de l’Aubrac, où il a une maison. Il était à Mende pour voir un artisan parce que ce n’est pas facile à trouver, un artisan. Oui, il connaît le chemin Urbain V. Et quand nous lui disons que nous sommes parisiens, il nous répond que lui aussi, du Treizième ! Incroyable ! Quelle rue ? Rue Pinel ! C’est à dix minutes à peine de chez nous.
Qu’il est aimable de se rendre service entre voisins ! Et que le monde est petit ! Et que la providence fait bien les choses !
🥾20,7 km ↗️+675 m ↘️-670 m 🌤️ 15-18 °C









