LE DRAME ! Il est l’heure de partir. Je lace mes chaussures encore humides, j’enfile mon coupe-vent, je hisse mon sac à dos sur mes épaules et… mon chapeau ! Où est mon chapeau ? On perquisitionne la chambre, je vide mon sac à dos au cas où il aurait essayé de jouer les passagers clandestins. Rien. Mince ! Peut-être est-il resté au bar. Plein d’espoir, je demande à la patronne en lui remettant les clés, avec mon plus bel accent : « Haben sie einen grünen Hut gefunden ? » et un sous-titrage en langue des signes pour mettre toutes les chances de son côté. “Einen grünen hut ?” reprend-elle avec une moue de perplexité prononcée. Je hoche la tête affirmativement. Elle se tourne vers sa mère à droite avec un coup de menton interrogateur, puis vers sa fille à gauche, car ici on travaille en famille. Et le verdict tombe, à l’unanimité du jury : « Wir haben keinen Hut gefunden ». Mon chapeau ! On avait fait tant de kilomètres ensemble, protégeant mon crâne chauve des ardeurs du soleil, de la froidure du matin et de la pluie du ciel… et pfff, comme ça, évaporé un beau matin. C’est trop injuste. Compatissante, Mireille me prête le sien, un bob bleu marine très classe qu’elle ne sort que pour les grands événements de type déluge.
Il ne pleut pas ce matin mais avec seulement 13 °C et un petit vent, j’apprécie de garder mes idées et mes pensées au chaud.
Bien que très affecté moralement par ma perte, je ne me laisse pas aller ! Un nouveau projet se forme sous la chaleur du bobamimi, acheter un nouveau chapeau, pourquoi pas dès aujourd’hui, et pourquoi pas avec une petite plume comme ça se fait ici en Bavière. Mellrichstadt est une assez grande ville, il doit bien y avoir un magasin de sport. Que dit Google ? Bingo ! Un Intersport ! Dès la lessive essorée et mise à sécher (c’est mon boulot dans le cadre de notre politique d’égalité des tâches randonnières), nous allons à l’Intersport. J’ai le cœur qui bat. Le magasin est bien plus grand que je ne l’imaginais mais le rayon bob plus petit aussi. Il y a trois quatre modèles. Pas de coup de foudre, mais on a appris à se contenter de peu, vous le savez déjà. J’essaie un premier modèle. Il me tombe sur les yeux. Trop grand. L/XL indique l’étiquette. Pas grave, on va chercher le M. Eh ben pas de M. Pour aucun des modèles. On trouve un deuxième îlot de bobs au rayon plage, idem. On regarde même les bobs que portent les mannequins… L/XL. Incroyable ! Les Allemands ont tous la grosse tête ! Je le pensais bien un peu mais là ça devient fait avéré. À force de déambuler fiévreusement dans les rayons à la recherche du bob M, on attire l’attention d’une vendeuse. « Chapeau – Trop grande – L/ XL – Je M besoin ». Lui dis-je. J’ai l’impression qu’elle sait qu’il n’y a que des grandes tailles. Elle compatit, réfléchit, nous laisse un instant et revient avec un petit bob couleur pistache. Mireille, qui sait cacher ses émotions comme personne, fait la moue et les yeux du « wakilèlè ». Qu’importe ! Je l’essaie. Il tient sur ma tête, c’est déjà formidable. Et puis c’est bon la pistache ! « Okay », dis-je en allemand. À la caisse, la vendeuse qui a bien compris que c’était pour mettre tout de suite, enlève l’étiquette d’un coup de ciseaux rapide et précis. Sitôt sorti, je pose mon nouveau compagnon sur mon crâne et, faisant fi du sourire narquois de Mireille, nous partons tous trois visiter la vieille ville sous le ciel bleu enfin réapparu.
🥾14,8 km ↗️+490 m 🌤️ 17 °C






