Après la déconvenue de la veille, Ben avait à cœur de se rattraper : la randonnée du jour démarrait à la porte de l’auberge. Le chemin remontait le cours du Bachelard vers le sud, s’élevant dans les bois à flanc de montagne jusqu’à l’ancien hameau de Baume Longe à 1 812 m, 600 mètres au-dessus du torrent.
Dix heures sonnaient au clocher de la petite église d’Uvernet quand les MirBen commençaient à s’élever dans les bois. La lumière était encore douce. Ben le photographe était ravi, lui qui avait plutôt l’habitude de se battre avec la lumière écrasante et directe des après-midi d’été. Le pas lent de la montée lui permettait de découvrir toutes sortes de petites scènes de la nature qu’il s’empressait de capturer en essayant toutes sortes de compositions. Mir l’attendait à intervalles réguliers. C’est ainsi qu’ils atteignirent le replat herbeux de Baume Longe. Un vaste chalet d’estive dont il ne restait que des ruines avait occupé ce lieu. Quand avait-il été abandonné ? Les arbres le diraient certainement. Un tilleul avait continué à grandir contre un mur tandis qu’une couronne de petits arbres, des fruitiers, pensait Ben, étaient presque tous morts.
Mir et Ben s’installèrent dans l’herbe, profitant du spectacle intemporel des montagnes s’étendant devant eux et du spectacle éphémère de la multitude des insectes bondissant et butinant. Ils étaient bien.
De retour à l’auberge, après une longue sieste, Ben se remit à travailler à ses photos. Il avait accumulé un retard important sur son blog qu’il essayait de rattraper sans succès. Le temps lui manquait. Le capitaine Oksymor aussi était encalminé, attendant le vent de l’invention pour de nouvelles aventures. Ben avait trouvé une fin qui l’amusait à l’épisode de Sophie la girafe. Depuis, lorsque son esprit vagabondait dans l’effort des montées, l’histoire lui revenait en boucle, comme mû par une peur inconsciente de l’oublier. Il faudrait bien que Ben s’en libère, mais pour cela, il devait d’abord en prendre conscience.
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