Pour la deuxième journée consécutive, nous suivons l’ancienne voie ferrée Cluis – Argenton – Le Blanc. Sur le papier, ça a l’air sympa, cette voie verte le long de la Creuse ; en fait, c’est très chiant ! D’abord, c’est entre la Creuse ET la D951 dont on entend le passage incessant des camions. Ensuite, c’est en contrehaut et à bonne distance de la Creuse : pas bêtes, les cheminots ont fait ce qu’il fallait pour protéger la voie des crues de la rivière. Ensuite, ça ne traverse pas les villages. Au mieux, on a longé des fonds de jardin, là où sont entreposés les stères de bois pour l’hiver, le compost et, de manière générale, tous les encombrants qu’il aurait fallu un jour mettre à la décharge mais qui aujourd’hui font partie du décor. Ensuite, il y a ces arbres et arbustes qui ont pris de l’ampleur avec le temps et qui cachent la vue sur les côtés, sortes d’œillères végétales. Ensuite, il y a la Communauté de communes Brenne – Val de Creuse qui a eu la bonne idée de goudronner le chemin, suffisamment pour que ce soit moche et insuffisamment pour que deux vélos puissent circuler confortablement de front. On se demande ce qui, les élus locaux, motive. Ensuite, à part un joggeur et deux ou trois vélos à l’approche d’un village, on n’a croisé personne ! Ni cycliste septuagénaire sur son vélo de course à dix mille euros, ni cyclorandonneurs croulant sous le poids de leurs sacoches. Bref, on s’est un peu fait… suer, il faut bien le dire, même si vous l’avez déjà compris !
Pour tromper un peu l’ennui, on a joué à « Quelle est cette plante ? » avec le système de clé d’identification en ligne développé par l’université Pierre et Marie Curie : http://abiris.snv.jussieu.fr/flore/flore.php, que j’ai découvert récemment et qui est bien fait ! Nous avons ainsi identifié la carotte sauvage aux belles et fines ombelles blanches dont les fleurs froissées entre les doigts ont une odeur de… carotte, oui c’est ça, et le thym serpolet à la tige rouge et aux touffes de fleurs roses à l’odeur légère de… thym, oui c’est encore ça ! Bravo ! Mais au moins, notre ennui n’aura pas été inutile, et notre bagage botanique, qui ne coûte rien à porter, se sera enrichi de deux nouvelles recrues !
La soirée, par contre, sera beaucoup moins ennuyeuse que le chemin. Nous logeons au dernier étage d’un vieux moulin à eau sur la Creuse, sous la surveillance d’un vieux château, entourés de quatre poules et un coq (mais il faudra racheter deux nouvelles poules car les quatre commencent à souffrir de la vigueur du mâle). C’est un petit coin de paradis où nichent trois couples de martins-pêcheurs, où les chauves-souris dorment derrière les volets, où l’on cuisine divinement, où l’on aime la pêche aux carnassiers (perches, sandres, black-bass, brochets et silures) et où le bruit de l’eau est la meilleure des berceuses.
🥾23,1 km ↗️+15 m ↘️-45 m





