Nous quittons les derniers étangs de la Brenne pour entrer en Touraine du sud, une vaste plaine rurale où les départementales sont tracées au cordeau. La direction est bien souvent « Droit devant ! » pour quelques kilomètres. Nous filons donc bon train, d’autant que c’est aujourd’hui dimanche et que, pour les roses blanches, faudra repasser mardi car tout est fermé dans les deux gros villages sur la Claise que nous traversons aujourd’hui.
Le ciel a viré au gris orageux et la température baisse un peu, ce qui rend plus agréables les 8 km de ligne droite qui nous séparent du Petit-Pressigny, village natal d’Axel Kahn, le grand généticien, ce dont vous vous fichez certainement, mais pour nous c’est important car c’est juste après le square qui porte son nom que nous tournons à angle droit pour les deux derniers kilomètres avant le château. Peut-être auriez-vous préféré qu’on vous dise que nous avons tourné à gauche au niveau du restaurant La Promenade de la maison Dallais, étoilé Michelin, connu pour son sublime Lièvre à la Royale du sénateur “Couteau” (en période de chasse) ou son extraordinaire Brochet en croûte de pommes de terre et son beurre d’écrevisses ? Eh bien, c’est chaussette, comme on dirait dans l’Almanach Vermot qui, oui, existe toujours. Le temps de vous raconter tout ça, nous sommes arrivés au château de Ré où nous avons trouvé le gîte et le couvert.
C’est un vrai château, construit aux alentours de 1510 par Christophe de Couché, ce qui d’évidence le prédestinait à devenir chambres d’hôtes, avec escalier en colimaçon, cheminées gigantesques, plafonds peints, vaste salle des gardes, où nous dînerons, et baies à coussiège, ce petit banc de pierre ménagé dans l’embrasure de la fenêtre pour que la châtelaine puisse guetter le retour de croisade de son doux époux… ou l’arrivée de son amant parce que trois ans de Terre Sainte, c’est bien long, et qu’on est même pas sûr qu’il va revenir, le preux chevalier, vu comme il est empoté avec sa nouvelle armure trop grande venue des meilleurs ateliers des maîtres armuriers de Milan, mais que voulez-vous, c’est ça quand on achète par correspondance !
Nos hôtes occupent le château depuis cinq générations… Euh, excusez-moi, on me parle dans l’oreillette… Oui… Non… Ok… Oui, eh bien, excusez-moi mais ce n’est pas depuis cinq générations mais depuis ans ans, car avant ils vivaient en région parisienne. L’apéritif (vouvray) et le digestif (poire) seront l’occasion d’en apprendre plus sur les difficultés de l’intégration dans le village, notamment du fait du château qui est très lié à l’histoire de chaque famille du bourg, à l’inconscient collectif villageois au sens jungien du terme (aucune idée de ce que ça veut vraiment dire mais ça en jette, non ?), et dont les nouveaux propriétaires héritent bien malgré eux, responsables d’un passé qui ne leur appartient pas.
Nous discutons aussi d’un sujet plus dans le vent, les éoliennes ! Et c’est vrai qu’un peu partout sur notre déjà long chemin, nous voyons des banderoles « Non aux éoliennes ! » C’est quoi le problème ? L’aspect visuel ? C’est vrai qu’avec des mâts de 200 m de haut, ça devrait être visible de loin, mais c’est pas seulement ça… « Il y a le bruit, l’effet des infrasons produits par les pales sur la santé des humains et du bétail, l’effet asséchant du vortex pour les sols, l’effet stroboscopique, le danger pour les oiseaux migrateurs et les chauves-souris, l’impact potentiel des profondes fondations sur les eaux souterraines… Et puis le fait que ce sont des projets privés motivés par un gain à court terme sans réel avantage pour les communes. Seul le paysan touchera un loyer pour la location de l’emprise sur ses terres, avec les problèmes de jalousie, ceux qui l’auraient voulu sur leur champ mais c’est le champ du voisin qui a été choisi, ceux qui n’en veulent pas chez eux mais qui héritent de celle de leur voisin en bordure de leurs terres… Et puis, il faut aussi parler voirie… Des routes de huit mètres de large pour laisser passer les convois spéciaux et les gigantesques grues… Et puis les conflits d’intérêts et enfin, effet immédiat, la baisse de la valeur de l’immobilier, dès l’annonce du projet, dans toute la zone concernée. » Ouah ! Je ne savais pas tout ça ! C’est bien compliqué ! Je vais plutôt reprendre du homard !
🥾27,5 km ↗️+204 m ↘️-229 m



— Non je crois pas !
— J’ai entendu la fourgonnette s’arrêter !
— C’était sans doute une autre voiture, chérie !
— Y a pas de chérie qui vaille ! Bouge tes fesses et va chercher le courrier, bonsoir !
— Bon ! Ça va, ça va. J’y vais ! Screugneugneu…

