Un rayon de soleil se fraie un chemin à travers les volets et vient frapper mes orteils. « Aïe ! », fis-je, avant de réaliser que j’avais pris cette locution dans un sens trop littéral. Ayant réalisé cela, je constate que les deux pieds sont aussi pâles l’un que l’autre, ce qui est plutôt bon signe. Je fais bouger mes orteils et je retrouve cette sensation d’avoir la peau des pieds en carton et la petite douleur qui va avec. On est manifestement repartis pour la même journée qu’hier côté pedibus.
Nous déjeunons au pied d’un extraordinaire et majestueux Sophora du Japon (l’arbre des Pagodes, ramené en Europe par le Père d’Incarville en 1747) dans l’ancien Garage des Cévennes transformé en bar branché, restaurant, boutiques et atelier de fabrication de pièces pour Harley d’exception. Étonnant et réussi.
Nous voilà sur le départ. Encore une chaude journée qui s’annonce. Le démarrage est difficile, pour la raison que vous connaissez, mais après quelques centaines de mètres, les négociations entre le centre de la douleur et le cortex moteur tenues quelque part entre mes deux oreilles aboutissent à la libération d’ocytocine qui permette une marche normale pour un niveau de douleur tout à fait supportable. On est quand même bien fait ! Ce serait quand même mieux si, après chaque pause, le processus de négociation ne devait pas être repris à zéro. Mais on s’en contentera.
Bon, sinon, ça y est, on est entré dans les Cévennes. À quoi que ça se voit ? Eh ben pardi, le relief s’anime avec des montagnettes boisées à perte de vue, des terrasses pour la culture, du « camisard » à toutes les sauces, des temples protestants dans les villages et la présence d’ânes que nous n’avons pas encore vus mais dont les crottes jonchent le chemin et dont des panneaux tels que « MES fleurs ne sont pas de la nourriture pour VOS ânes » attestent leur réalité.
Passant de la vallée du Gardon d’Anduze à celle du Gardon de Mialet, nous atteignons notre hôtel isolé au bord du Gardon de Saint-Jean. Un aspect maintenant désuet alors qu’il a dû être à la pointe de la modernité avec ses chambres de plain-pied façon motel. Et puis il y a ces petits signes : « On pourrait avoir deux pressions s’il vous plaît ? » « La tireuse ne marche pas, mais on a de l’Heineken et de la Leffe en bouteille ». « Deux Heineken alors ». Et au moment de servir « C’était la dernière Heineken, je vous ai ramené une Leffe, ça ira ? ». En discutant du repas avec la patronne et mentionnant qu’on était végétariens : « Vous le direz aux serveuses qui transmettront aux cuisines. Pas de problème ! ». En effet, de serveuse, il n’y en a qu’une et les cuisines, c’est la patronne. On commande une bouteille de vin local bio sur la carte mais au bout de 10 minutes « On a vendu la dernière hier, je suis désolée. Vous pouvez en choisir un autre… ». Même le café : « Je préfère vous le dire, ce n’est pas de l’espresso, la machine est en panne, c’est du filtre ». « Ça ira très bien, merci ! ». Tout ça nous fait dire que la situation de cet hôtel doit être bien difficile [Tiens ! Le wifi vient de tomber] et que cette pauvre jeune patronne a bien du mérite et du courage. Mais pour en revenir à mon ampoule…
🥾20,2 km ↗️+455 m ↘️-290 m 🌤️ 26-31 °C





