Nous quittons Nyborg sous un ciel plus clément que la veille, direction plein sud, mais comme c’est aussi le cas de la très fréquentée route 161, notre chemin joue à l’éviter et nous emmène sur de petites routes à sa droite puis à sa gauche, l’occasion de traverser de charmants villages aux maisons colorées à toit de chaume et colombage. Villages charmants mais dénués de tout commerce. Enfin, quand je dis dénué de tout commerce, c’est d’ailleurs totalement faux. Enfin, c’est totalement vrai si on considère des commerces comme une épicerie ou un café, mais c’est totalement faux si on considère la vente de particulier à particulier. Devant de très nombreuses maisons, il y a un petit étal qui peut prendre la forme d’une petite table nue, ou surmontée d’une caisse posée sur l’un de ses côtés, ou d’une étagère et où sont proposés ici des petits sacs de pommes de terre ou de cerises, là de vieux bibelots, là encore du miel ou des vêtements. Pour payer ? Rien de plus simple, mettre la somme indiquée dans la boîte ou payer avec son portable par MobilePay. Ici, au Danemark, il n’y a pas que Margrethe II qui règne, il y a aussi la confiance.
Mais reprenons le cours de l’action. Peu avant de traverser la route 161 pour passer de sa gauche à sa droite, nous voyons au loin un cycliste qui marche à côté de son vélo. Ce n’est jamais bon signe un cycliste qui marche à côté de son vélo. A mesure que nous nous rapprochons, nous reconnaissons un vélo de course, un grand cycliste casqué vêtu d’un maillot jaune (non, non, ce n’est pas Jonas Vingegaard), grand mais pas tout jeune. Nous lui demandons si nous pouvons l’aider. Il nous montre sa chaîne coincée entre le plateau et le cadre, ses mains pleines de cambouis et le téléphone avec lequel il a appelé sa femme qui vient le récupérer en voiture. Du coup, on discute un peu du tour de France et de notre périple. Et au moment de se quitter, il nous lance un truc qui ressemble à « god tour ». Tadikoilà ! ? ! M’interjecté-je mentalement. Nous lui demandons quelques explications sur ce qu’il vient de nous dire. Et c’est donc god tur (le u se prononçant ou ici), qui est utilisé dans tous les pays nordiques pour souhaiter bon voyage, tur étant défini au sens premier comme : bevægelse, fx gang eller kørsel, fra et udgangspunkt til et bestemt sted eller ad en bestemt rute (le déplacement, par exemple à pied ou en voiture, d’un point de départ à un endroit spécifique ou le long d’un itinéraire spécifique). Le mystère s’éclaircit… ce que nous ne savons encore pas très bien c’est si « bon tour » a été popularisé par le Tour de France au point qu’il soit utilisé à la place de « god tur » ou si nos oreilles françaises ont traduit le « god tur » en « bonjour ». A suivre, mais on a bien progressé !
Nous voilà d’ailleurs qui arrivons au château de Broholm où nous passons la nuit. « Slot » signifie plus ou moins château en danois : stor, rigt udsmykket bygning (eller bygningskompleks) opført som bolig for en konge, fyrste, rigmand el.lign. og fx udstyret med et eller flere tårne samt evt. befæstningsanlæg (grand bâtiment, ou ensemble de bâtiments, richement décoré, construit comme résidence d’un roi, d’un prince, d’un homme riche ou autre et équipé, par exemple, d’une ou plusieurs tours et éventuellement de fortifications). Et là c’est un vrai château avec fossé, pont-levis, châtelaine (13ème génération), donjon, escalier en colimaçon, mobilier d’époque, tronche des ancêtres sur les murs tous les mètres, lit à baldaquin et plancher qui grince. Bon, faut dire que c’était l’unique hébergement disponible sur le chemin à distance raisonnable de Nyborg. La vie de randonneur n’est pas toujours facile et il nous faut bien accepter les épreuves de chemin !
🥾31,9 km






