Nouvel acte. La frontière entre Cévennes et Aubrac est délimitée par la Colagne à l’est, peut-on lire dans Wikipédia. Étant ce soir à l’ouest de la Colagne, que nous avons franchie à Chirac ce matin, un nouvel acte s’impose. En fait, on n’est déjà plus dans les Cévennes et pas encore en Aubrac, on est dans le Gévaudan, comme disait mon prothésiste dentaire (je sais c’est bête). Et puis, on quitte aussi Urbain V (GR 670) pour retrouver le GRP Tour des Monts d’Aubrac que nous parcourrons dans le sens trigonométrique, ou anti-horaire, ou sinistrogyre, ou sinistrorsum, voire sens de dévissage, car ce ne sont pas les mots qui manquent pour dire dans quel sens on tourne. Bref, et indépendamment du sens dans lequel on tourne [à noter qu’il faut user ici de la périphrase « le sens dans lequel on tourne » car aucun sens de tournure, de tournement, de tournation, ou de tournage, voire sens tournatoire n’est à notre disposition], c’est une raison de plus pour acter le changement d’acte.
Concernant la scène 1, il faut avouer (à moitié pardonnée) qu’elle relève de l’improvisation [j’aurais pu ajouter « la plus totale », mais c’est un cliché que même un écrivaillon comme moi se doit d’éviter]. Déjà, vous savez qu’on avait dormi « hors GR » comme on dit. Ce soir, on dort encore plus « hors GR » et vraiment au milieu de nulle part en un lieu-dit Le Chalet. Pour rejoindre cet endroit, j’avais bricolé un chemin qui reprenait à la D808 (là où un ange gardien était passé nous prendre en Mercedes) puis quittait l’Urbain V quelques kilomètres plus loin pour traverser la rivière Colagne à Chirac et rejoindre, à travers le Gévaudan, notre hébergement. Pour cela, il fallait donc se faire transporter à nouveau à l’intersection de la D808. Hélas pour ce plan, point de taxis disponibles ce matin à Marvejols (« mais demain si vous voulez ») et il pleut averse depuis le milieu de la nuit, ce qui rend la réitération de notre exploit auto-stopique encore plus aléatoire. Nous décidons donc de partir à pied depuis Marvejols. Il y aura donc dans notre parcours une discontinuité de quelques kilomètres, une courte ellipse, une mise en parenthèse, à prendre comme des points de suspension dans l’histoire que nous traçons…
Nous partons donc sous une pluie battante qui rapidement baisse d’intensité. Passé Chirac (1932-2019) et franchie l’autoroute A75, la pluie cesse, mais nous gardons nos vêtements de pluie qui, après nous avoir protégés du temps, nous protègent du taon, particulièrement actif en ces lieux. Et ainsi, par des petites routes désertes, de hameau désert en hameau désert, accompagnés par les mouches, nous gagnons au milieu de la brume, par un dernier chemin bien raide, notre hôtel, perché au sommet du Puech Auzit.
L’hôtel est complet mais semble désert. Personne n’y boit en terrasse, personne n’y mange, à part nous. Nous avons le patron pour nous tout seuls. Ainsi nous apprenons de source sûre que l’hôtel, bâti en 1959, doit son existence à la présence d’une source. À l’époque, la source donnait bien toute l’année et un réservoir de 6 000 litres permettait d’assurer l’approvisionnement. Mais c’était avant. Maintenant, en été, la source donne goutte à goutte. Il a fallu passer à un réservoir de 60 000 litres et retirer les bondes des baignoires pour éviter que les gens ne prennent des bains. « Si la source ne donne plus assez, il faudra fermer l’hôtel, eh oui. Vous prendrez un dessert ? ».
🥾17,7 km ↗️+670 m ↘️-227 m 🌤️ 13-16 °C







