Les MirBen avaient fixé l’heure du départ à 8 h 30. Ils étaient maîtres de leur horaire car ils partaient en vacances en voiture. Une première depuis des dizaines d’années. Une curieuse façon de démarrer dans le « monde d’après » pour Ben, qui était assez sensible aux thèses de la décroissance. Il était bien conscient de cette contradiction et était prêt à la défendre avec une pirouette : ils partaient en auto, ils mangeaient bio et son blog serait graphique, ce serait donc des vacances auto-bio-graphiques ! Il était assez fier de sa trouvaille et attendait avec impatience d’user de cette arme de distraction massive, comme il se plaisait à l’appeler.

La veille, ils avaient fait quelques courses dans le quartier en vue du voyage, de la crème solaire et de la crème pour les pieds, de l’huile pour la voiture et Mir avait échoué à trouver une petite jupe légère. Le soir ils étaient allés dîner chez « leur » Italien puis avaient commencé leurs bagages sur le coup de 22 h 30. Pour eux qui avaient l’habitude de partir pour 4 semaines avec juste un sac à dos de 50 litres, disposer d’une valise et d’un coffre pour tout transporter était d’un luxe inouï. À minuit, tout le nécessaire et le superflu étaient empaquetés.

La demie de huit heures sonnait au clocher de « leur » église quand ils sortaient du parking. Ils habitaient ce quartier du 13e depuis si longtemps qu’ils avaient développé un sentiment de propriété marqué. Mir conduisait, Ben assurait la navigation. Le navigateur consulta son application routière. Pas de bouchons en vue, arrivée à destination prévue à 16 h 32. Puis Ben extirpa son appareil photo, prêt à documenter le voyage (c’est ainsi que disent les youtubeurs des chaînes photo).

Ils quittèrent l’autoroute A7 à la sortie 19. Les petites routes de la Drôme provençale, les vignes, le crâne pelé du Mont Ventoux à l’horizon : les vacances prenaient corps. La demie de cinq heures sonnait à l’église de Buis-les-Baronnies quand ils se garaient sur le parking inondable de la digue sud. Ils traversèrent la place centrale bordée de terrasses ombragées. Ben apprécia que les cigales couvrent le bruit des roulettes de la valise. Leur hôtel de charme était sous les arcades. C’est aussi sous les arcades qu’ont lieu le marché provençal le mercredi et le marché des artisans, indiqua l’hôtelier en leur faisant visiter leur vaste chambre. Deux matins où nous n’aurons pas besoin de réveil, pensa Ben. Ils s’installèrent rapidement et filèrent à leur tour savourer le début de leurs vacances en terrasse avec une Cigale, la bière locale, et la vue sur les rochers de Saint-Julien. Mir proposa un tour de Buis avant dîner, mais Ben avait observé que les terrasses des restaurants semblaient se remplir vite ; il était dimanche, il valait mieux assurer. Ben proposa la pizzeria de l’Étoile, au nom prédestiné. « Vous êtes deux ? Vous avez réservé ? Hum, je pense que ça va être compliqué, un instant… vous avez de la chance, suivez-moi, c’est la dernière. »

Après une promenade digestive sur les rives de l’Ouvèze, ils rentrèrent à l’hôtel. Ben était impatient de voir ce que donnaient ses prises du jour. « La série du tunnel, par chance il y en a une qui est exploitable mais y a pas trop de maîtrise, celles depuis la voiture sont à jeter, le Ventoux, ça passera en documentaire si je cadre avec la vignette, les gens, en noir et blanc ça devrait passer, la pizza est digne des commentaires de Tripadvisor, le rocher Saint-Julien sans grand intérêt, la fleur, ça va, mais je sais pas ce que c’est… Hum, ce n’est pas aujourd’hui que mes followers en prendront plein les mirettes !  » Et il se mit au travail sur le blog. Mir dormait déjà.

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Expo Vasarely à ciel ouvert
Ne bouchons plus… Clic ! Merci !
Se regarder en chiens de faïence
Vends tout ! On part s’installer dans les Baronnies
Agrumis, la déesse des fruits
La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules ?
La Buxoise, olives de Nyons et tapenade
La bière préférée de Steven
Les rochers Saint-Julien
Bouquet final