Ben était contrarié. Les vacances étaient moins plan-plan que prévues et son projet de blog photographique lui prenait plus de temps qu’il n’avait imaginé. Lorsqu’ils randonnaient au « long cours », son billet quotidien était prêt avant le petit-déjeuner et tout était en ligne quand ils démarraient leur chemin. Mais cette année, tout avait très vite dérivé. Du matin, la publication était passée au soir, du soir au matin du jour d’après, accumulant ainsi un retard que Ben se voyait mal rattraper. Il avait mis les bouchées doubles et, en plus de se lever tôt, il y consacrait tout le temps qu’il passait à l’hôtel. À chaque fois que Mir lui demandait : « On y va ? », il répondait : « Attends, j’ai presque fini ! », ce qui avait fini par agacer Mir car ce « presque » disait en fait tout le contraire.

Au petit-déjeuner, ils avaient décidé de faire une des balades recommandées dans le petit livret à 5 € de l’office de tourisme intitulé « 10 randonnées pédestres, familiales ou sportives ». C’était la numéro 7, la Nible. Elle consistait à sortir du village vers l’ouest pour atteindre le pied du rocher Saint-Julien puis à monter jusqu’au sommet des rochers de Sabouillon par un raide sentier rocailleux pour enfin atteindre le plateau de la Nible où autrefois les troupeaux de moutons venaient pâturer. Le retour se faisait par un petit chemin peu marqué, difficile à trouver (les MirBen passèrent deux fois devant, une fois dans chaque sens, avant de finalement le trouver) puis par une petite route dans la vallée qui ramenait à Buis à travers les vergers et les prés.

Alors que le chemin devenait plus escarpé et la pente plus rude, l’esprit de Ben se remit à vagabonder. Encore vexé de la fin tragique du capitaine Oksymor, il lança : « Eh, Mir, tu connais l’histoire du nain qui a adopté une girafe ? » Lui ne la connaissait pas non plus mais cette association saugrenue lui était venue comme ça. Encore l’endorphine. Mir eut un petit rire avant de dire : « Mais n’importe quoi ! » Ben ne poussa pas loin sa fantaisie, laissant le nain aux prises avec son girafon qui, à l’anniversaire de ses trois mois, avait atteint le plafond. Ben souhaitait surtout ne pas trop en rajouter après l’épisode « BON, on y va ? » qui avait précédé le départ.

Si le sommet des rochers de Sabouillon n’avait pas été marqué d’un panneau indicateur, il aurait été difficile de savoir qu’on était arrivé au sommet. Comme Ben souhaitait « documenter » leur balade et que la photo du panneau seul « n’était pas porteuse de sens sans quelqu’un pour le regarder », il sollicita Mir. Et comme Mir n’aimait guère jouer les porteuses de sens pour photographe amateur, elle proposa à Ben de le prendre en photo. Il ne se fit pas prier, ravi que Mir montre ainsi de l’intérêt pour son projet. « Tiens, tu regardes dans l’œilleton ici et tu appuies sur le bouton là. » Ben rentra son ventre et prit la pose. « Alors c’est bon ? » demanda-t-il à Mir. « Oui, ça a fait du bruit. » Ils reprirent le chemin et s’arrêtèrent pour déguster leurs six abricots à la discrète croisée des chemins sur la Nible, puis redescendirent à Buis et conclurent la balade au bar des Passionnés. Une fois douché, Ben se remit au travail sur ses photos. Mir s’était préparée pour sortir. À Buis, les restaurants sont vite complets et il ne faut pas arriver trop tard. Ben était toujours dans ses photos. Il avait passé en revue ses 160 clichés de la journée quand il réalisa qu’il ne s’était pas vu. Ses photos au sommet du Sabouillon manquaient ! « BON, on y va ! » « Attends, j’ai presque fini ! » allait échapper à Ben, mais il se ravisa : « Oups ! J’arrive, chérie ! » tout en pensant que ces photos disparues ressemblaient à un signe !

En cheminant vers la crêperie, il réalisa que Mir, dont c’était le premier contact avec l’appareil, avait dû être trompée par le bip qui indique que la mise au point est faite lorsqu’on commence à appuyer sur le bouton et qu’elle n’était pas allée jusqu’au clic. Rien d’intentionnel, mais ça n’en restait pas moins un signe. Ben allait lever le pied. La crêperie était complète. Ben allait vraiment lever le pied.

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C’est un selfie pour le moins original. Faut être objectif.
Mir adore !
Oh pinaise !
Symphonie pastel : un phanéroptère méridional (Phaneroptera nana) à table avec une bougrane buissonnante (Ononis fructicosa)
Mir lavande
Point de mousse : une maille à l’endroit, une maille à l’endroit
Admirez comme le bord d’aile est organisé !
Ne dites pas qu’on ne vous dit patou !
Pour des oliviers avec le rocher Saint-Julien en fond, tapez le 1
Pour des abricotiers avec le rocher Saint-Julien en fond, tapez le 2
Bons baisers de Buis-les-Baronnies