L’euphorie (très relative ici) de la victoire des Bleus était passée ; le ciel azzurro et ses 31 °C étaient revenus ; l’étape était courte et agréable dans un paysage de rizières au vert éclatant peuplées d’aigrettes garzettes et d’ibis sacrés (à propos de cet oiseau étonnant issu d’Égypte où il était vénéré comme un dieu, savez-vous qu’au moment de la nidification, le couple prépare toujours deux nids, un nid principal et un nid bis) ; le moustique se faisait plus rare et nous y étions de toute façon déjà habitués ; bref, je me demandais déjà si le seul événement que j’aurais à me mettre sous la plume était d’avoir été bloqués de longues minutes au passage à niveau par le train Regionale 4871 de 12 h 36 Mortara – Pavia quand nous avons rencontré Jésus.

Bon, je vous rassure tout de suite, pas Jésus de Nazareth, mais Jésus de Marseille (avè l’assent). Au détour d’un chemin, nous tombons littéralement nez à nez avec un couple de pèlerins. J’écris pèlerins, et non pas randonneurs, car l’homme porte l’attribut du pèlerin qui se respecte, le bâton de pèlerin, et au vu de ce bâton richement sculpté, ce doit être le roi des pèlerins ! Présentations amicales, on se serre la main, « André — Benoît — Josiane — Mireille — Vous allez jusqu’où ? — Vous êtes partis d’où ? » Je confirme, nous sommes bien tombés sur les rois des pèlerins ! Partis de Marseille, ils vont à Rome à pied et en reviendront à pied ; ils marchent 30 à 40 km par jour tranquille (toujours avè l’assent) ; ils trouvent leur hébergement quand ils s’arrêtent, en demandant ; technique : caresser les chiens des mémés et leur demander si elles connaissent ou si elles-mêmes n’auraient pas un endroit où dormir… et avec un grand sourire, c’est infaillible ; le bâton (plus exactement un sceptre) a été sculpté dans une rame de bateau ; ils ont bien sûr fait Saint-Jacques plusieurs fois, d’une traite toujours ; ils ont parcouru à pied déjà plus de 15 000 kilomètres ; ils sont aussi hospitaliers sur le chemin : Conques, Saint-Jean-Pied-de-Port… et tout le monde l’appelle Jésus, Jésus de Marseille. Est-il encore nécessaire que je vous le décrive ? Grand, maigre, bronzé, barbu et cheveux longs… Jésus quoi !

Bon, ben nous, avec notre appli sur iPhone qui sonne quand on s’écarte du chemin, nos réservations d’étapes sur Booking, notre chemin découpé sur Excel, notre présence sur les réseaux sociaux et notre micro-étape de 20 km à peine, forcément, on fait profil bas et nous nous inclinons modestement. Il aurait fait aussi, rayonnant avec son bâton et sa femme, une magnifique illustration pour ce billet mais c’est un peu comme quand on rencontre la reine d’Angleterre, on n’a même pas l’idée de lui demander un selfie. Donc pas de Jésus de Marseille en photo mais vous pourrez vous consoler avec la souris en forme de Fiat 500 rouge Ferrari de notre hôtelier de ce matin. Cool, non ?

🥾20,7 km  ↗️+25 m ↘️-10 m 🌤️ 31 °C

La souris en forme de Fiat 500 rouge Ferrari de notre hôtelier
Bosquet d’aillantes glanduleux
Mince ! Le Regionale 4871 de 12 h 36 Mortara – Pavia